Retour sur Par amour et pour le geste avec Smeels

Omniprésent depuis plusieurs années dans le paysage du rap français, Smeels a sorti sa cinquième mixtape intitulée Par amour et pour le geste, il y a un peu plus d’un mois (16 avril). Le rappeur avait déjà partagé Bleu ciel, le troisième son du projet, mélangeant mélancolie et sincérité. Son public s’étant bien élargi depuis peu, notamment à la suite du projet Very Bad Drip, beaucoup de questions et d’attentes planaient autour de Par amour et pour le geste. À cette occasion, nous avons pu avoir quelques réponses du jeune CEO.

  • Pour résumer rapidement tes différents projets, tu as sorti FIDHAM et OPTNT en 2017, Toujours pas rappeur. et Sold out en 2018, Selfmade en 2019, puis Very Bad Drip fin 2020. D’après mes calculs, Par amour et pour le geste est donc ton septième projet et, justement, après avoir élaboré tous ces projets, est-ce que tu dirais que tu n’es toujours pas rappeur ? Si tel est le cas, pourquoi ?

« Même après tous ces projets, non, je ne me considère toujours pas comme un rappeur. Pour l’instant, je me considère comme un artiste et je pense que le cap du mot ‘rappeur’ sera franchi quand j’aurais fait mon premier disque d’or et disque de platine. Pour le moment, je me considère juste comme un artiste qui fait sa musique dans son coin et qui kiffe, juste on vibe. »

  • De plus, dans Bleu ciel, tu dis « j’suis même pas passionné, j’suis venu faire du cash ». Pourtant, après un parcours comme le tien, qui illustre la persévérance, il ne faut pas plus qu’une simple envie de faire rentrer de l’argent ?

« Sans prétention, je pense que j’ai dit tout haut ce que les artistes pensent tout bas. Je pense qu’il faut être transparent avec ton public. De mon point de vue, je pense que la plupart des artistes sont des pseudo-passionnés et que la plus grosse motivation est l’oseille et le fait de pouvoir changer de vie. Moi, je ne m’en cache pas et c’est clairement ma première motivation. Après, peut-être que la passion viendra en suivant, mais mon optique est de faire le maximum de biffe possible et de mettre le maximum de personnes à l’abri, et moi avec. Même après tous ces projets et toute cette persévérance, c’est toujours ma ligne directrice et je ne sais pas encore quand je la lâcherai donc je continue vers cette direction-là. »

Smeels – Bleu ciel
  • Par amour et pour le geste est donc ta cinquième mixtape et tu n’as pas encore sorti ton premier album. Pourquoi ne pas avoir voulu mettre cette étiquette à Par amour et pour le geste ?

« Tout simplement parce que, certes, les textes sont très profonds et très sincères, mais comme je suis très exigeant envers moi-même, je trouve que je n’ai pas encore franchi l’étape où j’ai mis la gifle artistique à tout le monde. Je prépare ça pour l’album. Là, j’avais encore le droit à la pseudo ‘erreur’, à ce que les gens aient le droit de skipper certains sons. Pour l’album, ça ne sera pas le cas, il y aura zéro skip, que des bangers. Par amour et pour le Geste c’est encore un truc où je me suis essayé et je pense que l’album ne sera pas un essai, mais juste une réussite. »

Smeels – Par amour et pour le geste . Cover
  • On définit souvent ta musique comme appartenant autant au Rap qu’au RnB, avec des instrumentales assez mélodieuses et une alternance entre le kick et le chant. Avant sa sortie, tu avais précisé que dans Par amour et pour le geste on découvrirait les 13 meilleures parties de toi et on y trouve finalement des instrumentales et ambiances assez différentes. Est-ce que tu avais la volonté de proposer un projet éclectique ?

« Il n’y a pas vraiment un style particulier à ce que je fais. Je ne me mets pas de barrière psychologique à ce que je fais. Je reçois une instru et si je vibe, je pose, il n’y a pas de restriction. Pour cette mixtape, je ne me suis pas mis de barrière. Il n’y a pas de sons funks, mais les prods ne se ressemblent pas du tout. Il y a juste la direction artistique qui se ressemble, mais sinon le choix des prods est fait pour qu’on ne tourne pas en rond. »

  • Sur Instagram, aussi lors de l’annonce de la sortie de la mixtape, tu avais indiqué qu’elle t’avait demandé un an de travail. Est-ce le projet qui t’a pris le plus de temps ? Était-ce vraiment important et nécessaire pour toi de prendre ce temps-là pour la mixtape ?

« J’ai effectivement mis un an de taff sur cette mixtape. Je cherchais un peu la direction artistique et le choix des prods était très précis. Je ne voulais pas me tromper sur le choix des prods. C’était très important, car ça m’a permis de bien sélectionner mes morceaux et de pouvoir avoir une mixtape que moi je considère comme le meilleur projet que j’ai sorti jusqu’à présent, le meilleur projet avant l’album, car il sera dix fois meilleur que la mixtape. J’avais besoin de ce temps-là pour faire un projet de qualité. »

Smeels
  • Pour nommer ce projet qui t’a demandé un an de travail, tu as finalement opté pour Par amour et pour le geste. Qu’est-ce que ça signifie pour toi ? Pourquoi avoir choisi ce titre-là ?

« C’est juste la façon dont le projet a été réalisé et a été donné. C’est-à-dire qu’il a été fait par amour et il a été offert au grand public pour le geste. Et puis, je trouvais le blase beau donc je ne me suis pas gêné pour appeler la mixtape comme ça. »

  • J’ai également remarqué que le beatmaker Yeong Michin est encore présent sur deux sons, Real Nword (avec Thoms) et Omega, et il a d’ailleurs toujours été présent voire très présent sur tes autres projets. Comment s’est faite la connexion et surtout qu’est ce qui fait qu’elle marche si bien, selon toi ?

« En fait, on a commencé ensemble. Il m’a fait débuter le son. C’est avec lui que je me suis expérimenté sur ma voix, que j’ai bossé mon flow. Ça fonctionne si bien parce qu’on est vrais tous les deux, il y a pas d’hypocrisie, on est des reufs, on se kiffe et je pense que ça se ressent dans l’alchimie de nos sons. Quand on fait de la musique ensemble, ce sont des morceaux où moi je respecte sa prod et sa prod respecte ma voix. »

  • D’ailleurs, le son Real Nword fait premièrement penser à l’utilisation de ce mot et des polémiques qui l’entourent, alors qu’en réalité, il n’aborde pas du tout cette thématique. Que peux-tu nous dire sur ce morceau ? Pourquoi avoir choisi ce titre ?

« Le son Real Nword c’est totalement que du flex, c’est que de l’egotrip de la première ligne à la dernière. Bien sûr, si j’ai choisi ce titre c’est pas anodin, mais c’est pour que les gens qui lisent le titre ne soient pas obligés de bipper tout ça et aussi pour que les médias puissent écrire le titre du morceau sans problème. C’est pas une piqure de rappel comme j’ai déjà pu le faire dans des précédents sons comme Stop hating young black CEO. Real Nword c’est vraiment juste du flex. Tu le vois d’ailleurs quand je dis ‘si j’avais l’choix d’être comme ma mère, j’ferais le même fils’. »

Smeels – Real Nword
  • Pour finir, est-ce qu’il y a un conseil ou juste une remarque que tu aimerais transmettre à tes auditeurs pour que leur écoute de Par amour et pour le geste soit plus qu’optimale ?

« Le seul conseil que je pourrais donner pour une écoute optimale serait de l’écouter avec le cœur et de pas écouter les quelques critiques qu’il peut y avoir sur les réseaux sociaux. C’est important de se faire son propre avis et de kiffer le truc. »

Smeels

Si vous n’avez pas encore écouté la mixtape ou si elle ne fait plus partie de votre écoute quotidienne, on vous conseille de prendre le temps pour profiter de l’élaboration de ce projet réussi, cohérent et agréable à écouter. Un mois après la sortie de la mixtape, plusieurs morceaux sont encore bien installés dans nos playlists, et à raison vu la qualité assurée du projet. Gros coups de cœur pour Benefice, Lover Boy et Cash & Bitchies.

Merci à Smeels et à son équipe d’avoir permis la réalisation de cette interview.

Smeels – Par amour et pour le geste

Emilie Clauss

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