M Le Maudit : Retour sur Poème Poison

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Après “I Hate Love” en septembre 2019, M le Maudit était de retour fin juin avec “Poème Poison”, une nouvelle palette de 9 titres qu’on pourrait assimiler à un Mondrian : beaucoup de couleurs bien ordonnées pour un résultat magnifique. A l’occasion de cette sortie nous avons eu la chance de nous entretenir avec l’artiste du 19ème afin de desceller tous les pigments composant son œuvre.

Cover de Poème Poison

En 2019 tu sors ton dernier projet « I Hate Love », pourquoi avoir attendu 2 ans avant d’envoyer « Poème Poison » ? Est-ce que t’avais une certaine pression de revenir assez vite pour pas que les gens t’oublient etc ?

Honnêtement si de fou, évidemment que j’avais une pression. Moi en tant qu’artiste si je pouvais envoyer tous les jours j’enverrais, mais y a des stratégies à adopter, y a des sons à cliper aussi, donc tu peux difficilement te permettre d’envoyer tous les 2 mois et que chaque visu et chaque son soient parfaits.

Après on va pas se mentir, tout ce qui est clip etc ça coute un peu d’argent et j’ai pas 50k à envoyer sur la table toutes les semaines donc c’est normal que ça prenne plus de temps.

Comment s’est faite la connexion avec Caba ?

De base Caba devait faire un morceau avec Sheldon, mais je te parle d’un truc qui date de 2015, et quand il est venu il n’ y avait pas d’ingé son donc c’est moi qui ai enregistré le morceau.

J’aimais beaucoup ce que proposait Caba donc j’ai commencé à lui parler durant la session, on s’est archi bien entendu et puis voilà, de fil en aiguille, j’ai attendu le bon moment pour qu’on collabore et c’est arrivé sur ce projet.

C’est un de tes premiers feats hors de ton entourage, est-ce que ça traduit une volonté de ta part de beaucoup plus t’ouvrir à l’avenir ?

(Rires) En fait c’est une petite douille parce que Caba fait partie de mon entourage, mais moi y a aucun problème, si t’es un mec ultra talentueux on bosse ensemble, évidemment qu’en tant qu’artiste j’ai envie de travailler avec les meilleures donc y a aucun soucis là-dessus.

Après je te dis honnêtement si demain y a un mec sur-exposé, dont je suis pas ultra fan musicalement, qui vient me proposer une collab, j’accepterais avec grand plaisir puisque le but c’est aussi de faire grossir le truc.

M le Maudit ft. Caballero – 10 K

Sur le projet on retrouve « Holà » qui est un véritable ovni, comment, et pourquoi, il se retrouve là ce son ?

Sur Poème Poison j’avais l’envie de faire un projet palette, de montrer tout ce que je peux faire, de créer plusieurs univers au sein d’un même projet. A partir de là il fallait que je travaille avec des producteurs différents et je suis tombé sur Minghus, un beatmaker et coach vocal qui n’a rien à voir avec le rap. Je lui ai demandé de me sortir une prod à sa pâte, qu’il s’inquiète pas de savoir si ça allait coller avec moi ou pas, je voulais vraiment, moi, m’adapter à ce qu’il proposait.

J’avais jamais fait de son dans ce style, donc c’était un peu aussi un challenge pour moi et Dieu sait que j’adore ça.

Comment on passe d’un mec bousillé par le rap des 90’s à un « Holà », comment t’as fait pour perdre ce réflexe de mimétisme qu’on peut tous avoir assez naturellement ?

Déjà premièrement tous ces artistes, que ça soit Lunatic, Oxmo, La FF, etc.. ils m’ont jamais quitté, c’est vraiment gravé dans mon ADN, ça m’a marqué jeune et je sais que ça me marquera à vie.

Je pense que le détachement il vient de 2 gros traits de caractère que j’ai : premièrement le fait que je me lasse super vite d’énormément de choses dans ma vie, j’ai l’impression d’avoir fait le tour dans le boom bap, et deuxièmement cette soif de découverte et d’exploration.

Un artiste comme Hugo TSR, c’est un mec que je kiffe de fou et j’admire tellement sa façon de travailler et sa musique, mais moi ça me ferait péter les plombs, je pourrais pas rester 15 ans dans le même truc, j’ai trop cette envie de tout tester.

Y a une interview où tu dis « T’es conditionné mais c’est pas parce que t’as un environnement bousillé que tu dois rester dedans, tu peux le changer cet environnement » et je m’attendais à retrouver ce message d’espoir dans le projet alors qu’à l’inverse j’ai l’impression qu’on retrouve un M le Maudit complètement déshumanisé dans Poème Poison, pourquoi ce choix ?

Je pense qu’il y a deux choses : quand j’ai parlé sur cette interview c’était Ilies, et Ilies c’est juste un jeune du 19ème qui parle sans filtre de son quartier.

Dans le projet on est plus sur une mise en scène et y a aussi le côté où la musique me sert d’exutoire, donc si j’ai la haine je vais forcément beaucoup plus la cracher derrière un micro de stud que derrière un micro de journaliste.

Mais c’est juste une question de recul, c’est la même scène mais vécu à l’instant T dans le projet et analysée avec du recul dans l’interview.

Tout ça part de Jul

Sur « I hate Love » l’absence de ton père était une des thématiques principales alors que sur « Poème Poison » tu mets beaucoup plus en avant la sur-présence de ta mère, qu’est-ce qu’il s’est passé en 2 ans pour que tu trouves la force de transformer cette grande page noire en page plus que brillante ?

(Rires) C’est incroyable ce que tu dis parce que quand j’ai fait écouter le projet à Antonin mon manager, il m’a dit dans PP tu parles de 2 choses : les armes et ta mère, 2 sujets qui représentent un sentiment de sécurité.

Mais « I hate Love » était un projet beaucoup plus torturé, c’était un concentré de tout ce qui n’allait pas dans ma vie, alors que Poème Poison est plus un constat, positif comme négatif.

Tu vas me prendre pour un fou mais tout ça part de Jul je crois. Jul il a ce truc dans son écriture qui fait que si le texte est triste il va te ramener un saxo ultra dansant et inversement et je trouve que c’est une belle représentation de la vie. Tout ne se passe jamais bien à 100% et tout n’est jamais mort à 100%, tu pourras toujours trouver de la tristesse dans un moment de joie et au contraire trouver un truc positif auquel te raccrocher quand t’es dans la merde.

On vous donne rendez vous mardi prochain pour la suite de cette longue entrevue !

D’ici là vous pouvez découvrir nos autres interwiews ici !

Thomas LOPES

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