Le poids de mon âme: Entretien avec Hash 24

Après “Hell Paradise” au printemps dernier, Hash 24 était de retour le 19 mars avec “Le poids de mon âme”, son 14ème projet. A cette occasion nous avons eu l’opportunité de nous entretenir avec lui pour comprendre sa vision de la musique.

Salut Hash 24, comment tu vas ? T’as sorti “Le poids de mon âme” il y a maintenant 3 semaines, comment tu te sens ?

Je me sens bien, c’est 4 ans de gamberge que j’ai livré dans “Le poids de mon âme” donc soulagé et très heureux des premiers retours aussi.

Le projet est sorti en distrib chez Believe et RedPill et est signé 75ème session, quelle est ta relation avec la 75ème ?

C’est un petit peu la maison mère, c’est l’endroit dans lequel j’ai pu évoluer, faire mes armes pour créer la musique que je fais aujourd’hui. C’est comme une deuxième famille, on a tous des caractères différents, des égos différents, des goûts différents et c’est ça qui fait la beauté de ce berceau musical

T’as une relation hyper proche avec ta communauté, je sais que tu réponds quasiment à tout le monde, t’essayes d’aider à ton échelle, c’est important pour toi cette idée de famille entre toi et les personnes qui t‘écoutent ?

En fait si tu veux c’est quelque chose d’assez naturel pour moi, je suis un humain comme tous les autres, je trouve que l’essence même de la musique c’est ceux qui la véhiculent donc c’est normal de les remercier. Quand tu vas chez le boulanger tu lui dis merci naturellement et bah c’est un peu pareil pour moi

Dans cette même veine on a vu que t’avais ouvert ton studio, c’est quoi tes objectifs avec ce nouveau projet ?

Pour reprendre la métaphore je suis juste un boulanger qui a envie de partager son savoir et de montrer aux autres comment je fais mon pain, si je peux aider les gens à faire de la bonne musique j’ai tout gagné.

Sans vouloir manquer de respect au reste de ta carrière du tout mais on a senti une réelle progression et surtout un changement d’état d’esprit sur cette dernière année, il est venu d’où le déclic ?

On m’a toujours reproché d’être trop brouillon dans ce que je fournissais, de ne jamais aller complétement au bout des choses alors un main je me suis regardé dans la glace je me suis dit « Tu sais raper, t’as une fanbase ultra solide faut que tu sois à 100% ».

J’ai réfléchi, j’ai essayé de mettre le doigt sur toutes mes lacunes et c’est là qu’est arrivée la gamberge de me dire “y a un souci au niveau de la promo”. Donc j’ai commencé à travailler avec des photographes, des attachés presse etc pour essayer de gommer toutes ces imperfections

Et puis tu sais, un peu comme tous les artistes, ma plus grande crainte c’est qu’on m’oublie et avec la consommation actuelle de la musique je suis obligé de me diversifier et de travailler à fond tous les aspects de ma musique.

Avec l’expérience est ce que ta manière de créer à changer ?

Complètement. Aujourd’hui je rentre en cabine je rap ce qui me passe par la tête et c’est fini. J’avais vu une interwiew de Lil Wayne qui disait ne plus se rappeler de ses morceaux le lendemain du studio et bah moi c’est quasiment ça. Je trouve que le fait de passer des heures à écrire ça installe un filtre entre ta personne et ce que tu racontes et depuis que j’ai fait sauter cette étape je me sens libéré et je pense que l’auditeur se rend compte aussi que les morceaux sont beaucoup plus sincères.

J’ai aussi commencé à produire moi-même ce qui a développé en moi un amour pour la mélodie et pour le « cloud rap ». Je trouve ça vraiment important maintenant de laisser une place à part entière à l’instru, chose que j’aurais jamais imaginé dire il y a 10 ans.

Hash 24 ft Georgio – Si j’traine

Sur « Le poids de mon âme » on a une très grande homogénéité entre des sonorités trap assez classiques et des flows beaucoup plus aériens, est-ce que ça marque la fin d’un cycle et la naissance d’un nouveau Hash ?

T’as raison, c’est un peu ça. Pour faire « Le poids de mon âme » je me suis enfermé 4 ans au Dojo (studio de la 75ème session) et j’ai tenté absolument tous les trucs les plus fous que je pouvais faire avec ma voix ou avec l’instru. C’est un peu le résultat d’une expérience menée par un chimiste fou.

J’ai aussi réussi à me détacher du terme « format » : qu’il y ait 3 refrains, qu’il n’y en ait pas un seul, que le morceau dure 1 minutes ou 5 minutes, tout ça ça n’a plus aucune importance pour moi, je veux juste faire de la musique que j’aime.

C’est pareil pour les projets, j’en ai rien à faire qu’on appel ça un album, une mixtape ou un EP, pour moi c’est juste un cycle créatif entier réuni dans 5, 10 ou 15 morceaux.

Le projet est quasiment produit entièrement par 88Wavyy et Cezario Keyz, comment elle s’est faite la connexion entre vous ?

88Wavyy et Cezario Keyz c’est 2 beatmakers que j’ai rencontré au Dojo. La première fois qu’on s’est vu ils m’ont fait écouter une prod, j’ai posé dessus et ça a donné le morceau « Mektoub ». En réécoutant ce morceau j’ai eu l’impression d’aller chercher des sonorités que j’avais pas explorées auparavant, donc on s’est re-capté on a fait plusieurs morceaux ensemble et ça a donné « Le poids de mon âme ».

Sur le projet y’a 3 feat avec Quese Smoke, Sheldon et Georgio avec 2 clips , est ce que tu peux m’expliquer comment s’est faite la connexion avec Quese ?

88Wavyy et Cezario c’est des gars français qui ont fait une tape en démarchant des artistes us sur insta dont Quese, donc j’ai demandé qu’on me mette en relation avec lui en lui proposant une de mes prod du projet.

Après en discutant avec lui, grâce à insta, on est devenu potes, on a reussi a faire un son fr/us en faisant un clip qu’on filmait chacun de notre côté, on a tout fait à distance par l’intermediaire de Cezario et Wavyy

Hash 24 ft Quesse – Tom Jedusor

J’ai en mémoire Lasco qui dit lors d’une interview (Grünt confinement) que l’artiste doit aussi nourrir son inspiration en absorbant sans cesse de l’info, et toi quels sont tes principales sources d’inspiration ?

J’ai de la chance d’avoir une grande famille avec des grandes sœurs nées dans les années 80-90 donc je me nourris de tout ce parcours et de ce que ma mère a pu nous apprendre a travers cette double culture.

Connaissant les relations entre la France et l’Algérie, j’aurai pu avoir des témoignages négatifs sur ce pays d’accueil mais ma mère nous a toujours guidé sur les belles choses de ce pays. Je suis né en France donc je me sens français autant que n’importe quelle personne donc l’inspiration vient dans l’implication des bonnes valeurs.

En fait toutes les annexes qui viennent embellir ça c’est palais de la découverte, la cité des sciences etc j’ai toujours été fasciné sur ce qu’il se passe dans notre univers. Juste de se dire qu’un être humain à un cœur et qu’il puisse devenir noir comme blanc, ça me fascine.

Dans le projet tu sembles comme partagé entre deux personnages qui sont divisés par la question du choix, on voit vraiment qu’il y a le Hakim de tous les jours et le Hash du studio et j’ai l’impression que contrairement à une époque où Hash 24 était là pour « sauver » Hakim, c’est l’inverse qui se produit dans ce nouveau projet.

J’ai passé beaucoup de temps dehors et il faut de l’argent pour être dehors alors j’ai pas forcément fait les choses les plus légales pour faire de l’argent mais tout ce chemin m’amène à dire que le bonheur est dans la légalité, le bonheur est dans l’énergie positive.

Quand un client vient chercher sa dose alors qu’il a pas d’argent pour manger, t’es content parce que tu grossis ton enveloppe mais y’a toujours une partie de moi qui me disait « ça fait chier de prendre son argent à ce pauvre garçon ».

Un jour ça m’a réveillé, je me suis dis « frère arrête de prendre l’argent des gens qui n’ont déjà pas d’argent » et pour faire ça il faut une situation il faut travailler, avoir un toit, arrêter de trainer dehors, donner un exemple de vie positif aux gens autour de toi

Aujourd’hui on voit les efforts que j’ai fait en revenant dans la légalité et dans mon acharnement dans la musique. Parfois j’hésite à retourner sur le terrain quand je suis perdu parce que je me dis « je suis bon qu’à ça » alors je pense à quelque chose de positif genre ma mère ou mes sœurs et je comprend ce qui est meilleur pour moi. Je cherche le moyen d’être heureux et c’est pas par l’argent c’est par le travail

Hash 24 – 3/4 Cuir

Tu dis plusieurs fois « j’ai plus d’exemples » mais du coup quels étaient tes exemples ?

Les grands de notre quartier c’était eux mes exemples. Ils pouvaient autant dépenser parce qu’ils savaient que ça allait rentrer le lendemain dans leurs poches.

Aujourd’hui je suis mon propre exemple. J’ai trouvé un sens à ma vie alors j’ai plus besoin de copier personne, je ne cherche pas l’énergie chez les autres. Je sais de quoi moi je suis capable.

Durant « le poids de mon âme » on sent que c’est le brassage de ce qu’il s’est passé dans ta tête durant ces 4 dernières années, donc j’imagine qu’on peut s’attendre à quelque chose de complètement différent pour la suite

Je suis déjà en train d’écrire mon album. J’ai le titre qui fait office de colonne vertébrale et je pense que c’est un des plus beaux morceaux que j’ai pu écrire jusque là. J’ai beaucoup plus d’énergie maintenant . Ce n’est pas de la paranoïa ou de la bipolarité c’est de l’énergie, je ressent plusieurs Hash 24 en moi, je veux travailler 100 fois plus que les autres pour mériter pareil.

A un moment dans « Wave », avec Sheldon, tu dis que sur « la wave il faut qu’on suive le plan ». Est-ce qu’il y a un plan à suivre au Dojo, genre celui de semer de bonnes énergies et du travail quali ?

Notre plan c’est le travail, y’a aucune autre réponse à ça. C’est notre seul plan comme Hunter x Hunter. On veut l’étiquette de travailleur donc on charbonne

Justement j’ai en tête Deen Burbigo qui dit « je suis comme ton dealer, j’ai la qualité comme seule promo », c’est un exemple de vie, ça fait complètement partie du plan

Dans le projet on te retrouve face à un grand mystère, celui du temps. Est ce que tu te sens pressé par la mort, l’industrie musicale ou autre ?

Je me sens oppressé par l’idée que des mecs comme Salif, comme Ali, comme Nubi ou même Nessbeal soient un jour tombés dans l’oubli pour la majeure partie du public. On les a mis de côté et ça me fait peur.

Mais je préfère choisir de me faire oublier plutôt que de forcer pour être sur la scène, ça arrivera, on ne parlera plus de moi je ne serai qu’un misérable fantôme.

C’est quoi le futur pour toi, des clips, des projets  ?

J’ai ouvert un studio et il va se passer des choses dingues. Je suis déjà entrain de polir mes meilleures ficelles de marionnettes. Les ficelles ne sont pas encore accrochées mais ça sera beau et fait avec le cœur, avec l’aide de Dieu, tout est possible.

Merci pour ton temps et tes belles paroles !

Merci c’était très important pour moi que tu y portes de l’intérêt. Crois en toi crois en tes rêves n’attend pas que les gens te disent de faire ce que tu dois faire juste fais le.

Antinéa

Le poids de mon âme – Hash 24

Clique ici pour lire nos autres interviews !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *