La confection de la cagoule d’Empty7

Quand il pose sa voix grave sur les notes de piano qu’il joue lui-même sur scène, le silence envahit instantanément la Boule noire. Pourtant, quelques minutes avant à peine, le flow d’Empty7 enflammait la foule, absorbée par une énergie plus que brûlante. 

Après avoir secoué cette salle – dont le passage est pratiquement obligatoire pour les rappeurs – à l’occasion de la sortie de son projet 2ON, nous avons eu la chance de partager un moment avec lui le temps d’une interview. 

Sincérité, passion, tristesse, énergie et amour fidèle pour la musique : voici le portrait du jeune rappeur Empty7. 

Photographe : Lililesbonsbails

Une vision en développement 

Les diggers les plus sérieux l’avaient déjà repéré en 2019 avec la sortie mensuelle de singles tout le long de l’année, mais c’est en février 2020 que sa cagoule va également intriguer les diggers les plus flemmards. En effet, le rappeur suisse sort le 21 février le son Anesthésié, accompagné d’un clip en noir et blanc mis en ligne le même jour.

Sur quelques notes de piano, Empty7 délivre un texte touchant et sincère. La dureté des paroles enveloppe chaque note et plonge l’auditeur dans une tristesse encore plus profonde. Contrasté par le ton grave de sa voix et le froid que peut provoquer sa cagoule, le morceau est naturellement beau. Avec Anesthésié, le jeune rappeur élargit son champ de vision. 

Sa musique ne se cantonne alors pas à un rap kické avec des punchlines en abondance. Cette constatation est d’autant plus forte dans son projet Vision, sorti en mars 2020. La palette du rappeur est séduisante par sa diversité de mélodies et de flows. Bien plus complet que les différents singles sortis en 2019, le projet se présente donc une étape plus concrète dans sa proposition musicale.

« En 2019, on a sorti beaucoup de sons, presque tous avaient un clip, mais c’était trop. On a calmé le jeu en 2020 et j’avais envie de sortir ce projet, c’était le bon moment. »

Empty7
Cover du projet Vision

Toujours en 2020, il sort plusieurs singles, dont le tube d’été Toute la night, ainsi qu’un nouveau projet nommé ZON. On y retrouve un univers commun à Vision : un bouquet d’émotions posé au centre d’un jardin sombre et triste. Chaque morceau traîne son spleen, soit à travers la prod, soit par les paroles.

Cover du projet ZON

La complexité de sa vie personnelle l’empêche malheureusement de pleinement se consacrer à la musique en 2021. Il sortira tout de même un petit projet de trois sons, sueur & sang, fin mai, remplit d’une tristesse envahissante. Il y dépeint son mal-être sur de magnifiques airs de piano tout en laissant plus de place au chant qu’au rap. 

« J’ai eu plusieurs problèmes personnels cette année-là. Je n’arrivais pas à être entièrement concentré sur ma musique. Je devais d’abord m’occuper de moi avant de m’occuper de ma musique. »

Empty7

Deux morceaux sont ensuite sortis – IYO / EASY LOVE en collaboration avec Spectre et ODYSSEE en collaboration avec Gio Dallas -, avant qu’il ne recadre sa vision avec 2ON.

Bienvenue dans la 2ON

Après un an de préparation, le rappeur suisse délivre 2ON le 25 mars 2022. Plus abouti que ses précédents projets, il regroupe toutes les dimensions du rappeur, de sa puissance la plus sombre à sa plus belle mélancolie. 

Cover du projet 2ON

Plusieurs morceaux, dont l’intro 2ON, CHOSE, NIKE COMPLET, WOE et DELICATESSE, ont la force de frappe d’un uppercut. Tandis que les titres J/J, Q5 et FINI amènent de la légèreté, parfois mélangée à de la tristesse. Rap et chant s’entremêlent également, avec une meilleure maîtrise que dans ZON. Les feats du projet – DeWolph, Rounhaa et Gio Dallas – viennent confirmer l’évolution de l’artiste. Chaque collaboration a son propre univers en exprimant une réelle alchimie entre les artistes. De manière certaine, le projet est submergé par une vague de progression de l’artiste. Cette progression est notamment due à l’amélioration de sa vie personnelle. 

« A la base, le projet devait sortir en novembre 2021. C’était ce qu’on avait prévu. Mais finalement, comme 2021 a été une année difficile pour moi sur le plan personnel, on a décidé de reporter la sortie. Si on l’avait sorti avant, j’aurais été incapable de bien le défendre et d’en être fier. Ça nous a aussi permis de bien le peaufiner. »

Empty7

L’attente n’a été que bénéfique, puisqu’elle lui a permis d’être prêt à performer ses morceaux sur la scène parisienne de la Boule noire, et ce seulement quelques jours après la sortie du projet. S’il avait déjà fait des concerts en Suisse depuis déjà 2019, c’était bien son premier en France et surtout, le premier pour 2ON

« C’était un concert vraiment important pour moi. Honnêtement, je n’avais pas regardé le nombre de places vendues, je ne voulais pas savoir. Je m’étais imaginé une salle vide et je me disais que ça me servirait de leçon, que j’avais voulu brûler les étapes trop vite. Puis, quand je suis arrivé sur scène j’ai vu plein de visages, j’étais super content. L’ambiance était géniale. »

Empty7
Photographe : Lililesbonsbails

Une cagoule aux tissus sincères

Comme pour Kalash Criminel, Siboy, ou encore Népal (R.E.P) et Kekra, la cagoule intrigue. Finalement, qui se « cache » derrière Empty7 ? Au risque d’en décevoir, je n’ai pas la réponse. Et honnêtement, le savoir a vraiment très peu d’intérêt, car toute son identité se trouve dans sa musique. 

« J’veux pas qu’on m’voie, moi, j’veux qu’on m’entende. »

Empty7, dans le morceau J/J

Lorsqu’Empty7 s’installe devant le micro en décidant de s’emparer de l’instrumentale, sa sincérité imprègne FL Studio pour se diffuser dans nos oreilles, si sensibles à une telle franchise. La profondeur de sa vérité, souvent déchirante, charge ses morceaux d’une émotion intense et touchante. 

Son mal-être est omniprésent dans de nombreux sons, bien que celui-ci soit légèrement atténué dans le dernier projet 2ON. Des phrases comme « Remets l’autotune, J’veux pas qu’on entende mes larmes » (J/J), « J’suis surdoué, j’ai d’l’anxiété sociale, et j’suis déprimé, Un état dépressif permanent depuis minot. » (Dernier), ou encore le titre sueur, ont un poids émotionnel très fort. Ils dépeignent un tableau au fond rempli de tristesse, mais aussi pigmenté de sincérité. 

« La sincérité, c’est très important dans ma musique. Quand j’écoute des morceaux, ceux qui vont le plus me marquer seront ceux qui parlent de vraies choses, des problèmes de la vie. Il n’y a pas plus touchant que des morceaux comme ça et c’est en partie ce que j’aime faire et ce que je cherche à faire. Par exemple, la tristesse et la mélancolie dans certains sons de PNL, c’est ce qui me touche le plus. »

Empty7
Photographe : Lililesbonsbails

Plus à l’aise dans ce registre-là, cela ne l’empêche pas de faire des sons énergiques, comme NIKE COMPLET, ou plus dansant comme IYO / EASY LOVE. Le jeune artiste suisse compte d’ailleurs bien continuer de développer toutes ses émotions et dimensions.

« J’fais qu’des piano-voix mets-y une prod rap on va vérifier. »

Empty7, dans le morceau 2ON

Avec donc un très bon début d’année et un projet d’une belle qualité, Empty7 impose tout doucement sa vision de la musique dans le paysage du rap francophone. Cette lancée n’est qu’encourageante et si elle suit cette continuité, elle lui permettra de clairement affirmer sa place à côté ou aux côtés des jeunes artistes de ce que l’on appelle aujourd’hui la new wave. 

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