KHALI, sur le chemin d’une voie unique

Enigmatique, authentique et talentueux, tels sont les mots qui nous viennent à l’esprit quand il s’agit d’évoquer le rappeur de Palmer. Après deux projets sortis respectivement en 2019 et 2020, ce dernier revient en toute transparence avec son premier album nommé Leïla. Aujourd’hui, nous avons décidé de vous parler du phénomène Khali.

Soundcloud, le commencement 

Soundcloud a une importance particulière dans l’émergence du jeune artiste bordelais. En effet, c’est au travers de la plate-forme qu’il commence à partager ses prods en 2017, sans attente particulière. Mais c’est bien grâce à son utilisation qu’il va pouvoir par la suite faire la rencontre d’autres beatmakers. 

Soundcloud aura permis à Khali de « poser les bases » de sa musique au public ainsi que d’introduire son nom dans le milieu du rap. Technique qui s’est avérée efficace, illustrée par son intégration au label du talentueux Myth Syzer, Try to Live de par sa collaboration aux côtés du rappeur Loveni sur le remarquable « Bulletproof ». 

Khali ft. Loveni – Buletproof

Un univers mélancoliquement mélodique 

Les thématiques abordées par le jeune rappeur sont relativement diverses : de ses réflexions les plus profondes à ses sentiments, Khali semble utiliser sa musique comme étant le « matérialisme » de ses émotions. Comme vous l’aurez compris, aucun thème précis ne peut définir la musique de Khali.

« Je n’ai pas toujours l’ambition de « raconter » quelque chose même si, à chaque fois, je veux quand même laisser un message dans la tête des gens. »

Khali pour letype.fr

La musique de Khali s’apparente à une retrospective de sa vie, illustrée par le nom de son premier projet « Palmer Wild Story » ; L’histoire de Palmer, soit une référence à la ville dans laquelle il a grandit, Bordeaux. Mais ce n’est pas tout, on a l’impression que cette rétrospective et cette analyse de son passé en quelque sorte se perçoivent par l’agencement de sa tracklist. Il commence par évoquer le « Piège », ses troubles avec « Milles raisons » pour finir par expliquer son histoire et quitter (d’une certaine façon) le quartier avec « Je m’en vais ». Il s’agit là d’une interprétation purement personnelle, mais s’il y a bien une chose plaisante avec la musique de Khali c’est bien la part de mystère qui flotte en elle. 

Bien que des rythmes mélodieux viennent indéniablement s’intégrer au projet, Khali nous ouvre les portes de ses souvenirs, de son enfance, le tout avec parcimonie, nostalgie et sincérité. 

Son deuxième projet, à durée plus réduite, Le tournesol, démontre toute la versatilité de l’artiste, une versatilité qui a son importance, selon lui, dans son développement artistique.

« Moi aussi, je suis constamment dans la recherche de nouvelles sonorités et je veux aller sur tous les terrains. Je peux faire un son trap, puis un son dancehall, puis poser sur une prod à la Pierre Bourne pendant la même session. »

Khali pour letype.fr

Même si sa musique est marquée par la variété des sonorités, elle reste singulière par la cohérence et l’homogénéité de ses textes. 

Une démarche pleine de sincérité 

« L’objectif est de sortir de notre situation et de pouvoir vivre de ce qu’on aime. »

Khali pour letype.fr 

Dans la logique d’une démarche sincère envers ses auditeurs, Khali n’hésite pas à évoquer implicitement ses origines au travers de son univers musical. Du choix de cover, au clip, en passant par les paroles, il est possible de percevoir et/ou d’interpréter de multiple clin d’oeil à ses origines maghrébines. 

En effet, la cover de “20-“  laisse percevoir une personne en plein milieu du désert, le tout accompagné d’une écriture arabe sur la droite signifiant « destin ».  

Quant au  morceau « Nenetynine » extrait de son premier projet Palmer Wild Story, il est accompagné d’un clip, une partie tournée dans le désert, le rappeur se mettant en avant avec un maillot du Maroc sur le dos. 

Ce dernier introduit également sa production avec des mots forts en symbolisme : Li fiha lkhir rabi yjibha Li fiha lkhir rabi yjibha, qui se traduit en français par « Celle qui sera la bonne, dieu l’emmènera », laissant également transparaitre sa foi. Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois où l’artiste pose en langue arabe : on se rappelle du morceau « Sans peur » issu de son EP Tournesol avec un début de refrain et une outro pleinement interprétés en arabe. 

Khali x Kosei, un duo gagnant

En constante progression, Khali se démarque par les choix méticuleux des prods qui l’accompagnent : ses tonalités singulières et sa voix autotunée, le tout rendant un univers des plus authentiques. Cette authenticité passe également par le biais des ses nombreuses collaborations avec le producteur Kosei. Et pour cause, la quasi-totalité du projet Palmer Wild Story a été produite par l’artiste de Marseile. Véritable performance. 

Entremêlant mélodie électrique, entrainante, distinctive ainsi que richesse vocale, ces collaborations se sont avérées efficaces tant la connexion, la cohésion et l’osmose entre les deux ne font guère douter.  

Avec l’accompagnement de Kosei, la musique de Khali atteint un stade d’originalité et de marginalité que l’on ne peut qu’apprécier tant il est rare d’entendre de telles sonorités.

Enchanté Laïla

Source : genius.com

Khali est un artiste dont la musique interroge, surprend, mais ne laisse indéniablement pas indifférente. Mais cette réflexion n’est pas la volonté première de l’artiste. Après tout, la musique n’est pas nécessairement faite pour avoir du sens. La musique c’est avant tout l’art de produire, un art de création.  

Mais dans le cas de Khali, la musique fait preuve d’une certaine justesse et d’une sincérité (que l’on a déjà évoqué auparavant) envers ses auditeurs comme le démontre Laïla, projet dans lequel le bordelais n’hésite pas à partager sa rage, sa mélancolie, ses ambitions ou encore sa tristesse, des thèmes revenants assez régulièrement. 

« Je cherche pas loin la créativité, je laisse ma vie parler toutes les nuits avec une voix bizarre. »

Khali à propos de son album Laila sur Instagram 

« Une voix bizarre » qui tend à l’intrigue, des sonorités que l’on n’a pas l’habitude d’entendre avec une dominance de guitare, une véritable ambiance mystérieuse s’argumente autour de l’univers de Khali. Que ce soit au niveau de sa musique comme au niveau de sa personne, il était difficile d’émettre un avis clair sur l’ovni qui se trouvait en face de nous. Avec Laïla, non seulement Khali revient avec ce qui faisait sa force, à savoir sa versatilité, mais en plus de cela il vient consolider sa sincérité artistique introduite auparavant en se dévoilant (presque) entièrement. Tout y revient : ses croyances, ses origines, les nombreuses évocations de sa mère. Laïla vient également réaffirmer l’affinité totale entre Kosei et le rappeur de Palmer, les deux univers étant d’une cohérence assez bluffante. Avec Laïla, Khali se confesse comme il ne l’a jamais fait auparavant. 

La cover du premier album du jeune bordelais est semblable à une peinture dépeignant ses deux personnalités : d’un coté le Khali joyeux et solaire représenté par le soleil, de l’autre le Khali mélancolique, incertain, représenté par la lune et l’obscurité de la nuit. 

« C’est peut être le soleil qui m’attendra après une nuit de doute à ne pas dormir et à faire ce que je sais faire de mieux. Je sais pas de quoi demain est fait mais on aura assez d’imagination pour rendre ça magnifique à nos yeux. »

Khali à propos de son album Laïla sur Instagram 

Et pour accentuer le tout de symbolisme (voulu ou non), le premier extrait du projet s’intitule « la toile », comparable à la toile que l’on peut percevoir. Parle-t-il même de la conception de sa cover au travers du refrain ? (J’avais mis beaucoup de vert et de blanc mais au final j’avais gâché la toile / Que du vert, que du vert, en pensant que ça donnerait l’espoir). Chacun y va de son interprétation. 

Mais cette idée de toile, de peinture et de couleurs ne s’arrête pas là. En effet, l’état d’esprit variable de l’artiste ainsi que la variété des ambiances qui y ressort permet une possible comparaison avec la disparité des couleurs existantes. 

Vous l’aurez bien compris, on pourrait parler des heures de Khali tant sa musique et son intelligence artistique passionne, est sujette au débat ainsi qu’à la réflexion. Mais ce dont il est certain, c’est qu’il va falloir compter sur lui dans les années à venir, lui qui est sur le chemin d’une voie unique.  

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