Interview avec Benjamin Epps

Une voix unique, du rap old-school, à l’occasion du festival “Ici et demain”, rencontre avec le futur du rap à l’ancienne au FGO Barbara.

En pleine ascension, “Epsito” a sorti son premier projet en 2020 : Le Futur, l’occasion pour nous de découvrir son univers. Le projet comprend l’excellent “Kennedy en 2005” qui va attirer l’attention du public avec son refrain provocateur : “Indépendant fuck Polydor”.

Benjamin Epps vient confirmer son statut de rookie en 2021 avec l’excellent projet réalisé en collaboration avec Le Chroniqueur sale, “Fantôme avec chauffeur“, un concentré de pépites qui comprend le futur classique : “Dieu bénisse les enfants“, une sublime ode à la jeunesse.

En parallèle, le rappeur va collaborer avec Vladimir Cauchemar, Selah Sue, ou encore Dinos. Des collaborations réussies dans des univers plus ou moins différents qui vont accroître sa notoriété et lui permettre de construire son public.

T’as beaucoup appris du rap en regardant tes frères, comment s’est passée la transmission ?

Il n’y a pas eu une transmission directe, ça a été indirect. Pendant longtemps, mes frères ont pas voulu m’écarter de ça mais n’ont pas forcément voulu que je devienne rappeur, donc ça s’est fait indirectement. À la maison on écoutait du rap, mon grand frère écoutait beaucoup de rap français, mais voila quand t’as toutes ces sauces là, t’es à la maison, même si tu es prédestiné à faire d’autres choses, tu es quand même hyper influencés, donc c’est comme ça que la transmission s’est faite.

Tu as dis que c’était un avantage d’avoir grandi dans un autre pays, pourquoi ?

Parce qu’on a une double culture, une autre vision. Je discute avec plein des gens qui me disent que voyager leur a ouvert l’esprit, c’est pareil pour moi. Venir en France, ça m’a ouvert l’esprit sur pleins de trucs. Avant de venir en France j’ai bougé un peu, ça m’a aussi appris plein de choses. Venir d’un pays comme le Gabon, qui est très très riche culturellement, c’est intéressant. Le voyage c’est quelque chose qui change les gens, cette double culture me permet de voir les choses sous différents tableaux.

T’as collaboré avec Vladimir Cauchemar, avec Selah Sue, c’est des univers très différents du tien, t’as la volonté de t’ouvrir encore plus à l’avenir ?

Oui c’est toujours une question de feeling pour moi, à savoir est ce que je sens l’univers de l’artiste avec qui je vais collaborer. Avec Vladimir Cauchemar, à la base le morceau, ça devait pas être celui-là, on avait testé plein de choses et finalement on est tombé sur “Blizzard”, le son nous a plu donc on est partis dessus.

Avec Selah Sue, c’est une artiste que j’aime beaucoup, que j’écoute depuis 2014, c’est une artiste qui me touche beaucoup et qui a vraiment apporté quelque chose qui manquait sur la scène francophone, j’aime bien les gens atypiques.

Tes textes sont très engagés, comme “Dieu bénisse les enfants”, qui est un morceau magnifique, est ce que tu penses que la musique peut faire changer les choses ?

Non, par contre je pense qu’elle peut être un déclencheur chez les personnes qui pourrait faire changer les choses. Directement non, les mecs comme Michael Jackson, ils ont chantés contre la faim dans le monde, les catastrophes, la guerre, on est en 2021 et ce n’est pas fini. Et moi, à ma petite échelle, j’essaie d’apporter ce que je peux. Un morceau comme “Dieu bénisse les enfants”, c’était ma façon a moi de donner un message d’espoir et de dire que les enfants c’est important et il faut les protéger. Mais je ne pense pas que la musique ait le pouvoir de faire changer les choses directement, c’est plus là pour insuffler la flamme.

A tes débuts, tu rappais avec une voix plus grave avant de prendre celle qu’on te connaît tous aujourd’hui, qu’est ce qui a fait que t’as assumé pleinement ta voix naturelle ?

Avec l’âge, on apprend à s’en foutre de ce que les gens pensent, on grandit, on devient mature, on a plus d’expérience. Moi j’ai commencé à rapper quand j’étais très très jeune, je devais avoir 10 ans. Quand t’as 10 ans, t’as pas mué, et quand tu rappes avec tes grands frères, tu as envie d’avoir la même voix qu’eux sinon t’es un peu noyé au milieu d’adultes et on sent bien que c’est un enfant. Il fallait créer quelque chose, c’est parti de là, j’ai voulu impressionner et finalement en grandissant, en écoutant, les autres tu apprends que tous les styles plaisent, toutes les voix plaisent et que tu tires la conclusion qu’il faut être qui tu es.

Tu dis que le rap c’est la compétition, quand est ce que t’as gagné ?

Tu as gagné quand t’es satisfait de la musique que tu sors, quand les gens autour de toi sont à l’abri, et quand les fans sont contents. Pour moi c’est pas du tout une histoire de chiffres.

A la fin de “Dieu bénisse les enfants”, il y’a un extrait d’une voix féminine, qu’est-ce que c’est ?

C’est une amie qui s’appelle Camille Gauthier, qui est poète à ses heures perdues, malheureusement elle ne le fait pas à plein temps, mais très talentueuse et quand j’ai fait le morceau j’ai pensé à elle. Je me suis dis que ça pouvait faire quelque chose, donc un peu avant de rendre le mix final, on a enregistré l’outro.

T’as sorti un projet avec Le Chroniqueur Sale, y’a eu une vraie alchimie entre vous, comment ça s’est passé ?

Musicalement ouais, c’est quelqu’un qui respire le hip hop, ça m’a parlé. Même avant, je connaissais pas “Les chroniques sales”, et Chroniqueur sale et moi, nous nous sommes parlés pour la première fois en novembre 2020. À ce moment là il m’a dit qu’il faisait des chroniques et qu’il avait déjà fait un projet avec plein de monde, Alkpote, Limsa d’Aulnay etc. Je suis allé écouter, je suis allé voir ses chroniques, c’est un mec avec qui j’ai beaucoup beaucoup de points commun rapologiquement parlant.

Je me suis retrouvé dans la connaissance du rap, dans la façon de voir la musique donc ça a facilité la collaboration pour le projet.

Dans ta bio Twitter, y’a juste écrit “musicien”, c’est important pour toi qu’on se concentre vraiment sur la musique et moins sur tout ce qu’il y a autour ?

Tout ce qui se dit autour participe à faire évoluer la musique, mais oui le plus important c’est la musique. Si j’ai pas de musique, je suis pas Benjamin Epps, je n’existe pas, y’a la musique, y’a Benjamin Epps, y’a ce qu’il peut dire, qui peut alimenter les conversations, qui peut faire que les gens parlent de la musique de Benjamin Epps, c’est un tout.

Tu dis “c’est pas ce que je veux les lingots“, qu’est ce que tu veux toi ?

Quand je dis les lingots, c’est les récompenses, je le vois pas au sens de l’argent. Pour moi l’argent ça va venir, je suis bien, j’ai monté mon label avec mes proches, Mocab Nation, on vient de monter Mocab Nation Publishing, donc on est vraiment sur la bonne voie. On est en indépendant, je suis sûr que l’argent, ça va venir, mais ce qui m’intéresse c’est la musique. Quand je te dis récompense, c’est qu’à la fin du projet je sente que j’ai fait le taff quoi et c’est ça ma récompense.

La notion d’album c’est quelque chose qui très important pour toi, t’es prêt à sortir ton album ?

Je pense qu’il me faut encore quelque mois pour vraiment affiner la direction mais je pense que je suis prêt, il me faut m’entourer de bons producteurs, avoir une vraie direction artistique. Je sais où je veux aller mais j’ai besoin d’affiner tout ça. Mais dès que c’est prêt, je me lance sur la conception de l’album.

Tu parles de t’entourer des bonnes personnes, y’a des gens avec qui t’aimerais collaborer ?

Absolument, j’ai déjà collaborer avec Dinos, ça serait bien de re-collaborer, pas forcément pour l’album mais juste comme ça pour le sport, Prince Waly que j’admire vraiment beaucoup, ça serait chanmé qu’on fasse un morceau, on se parle là, on discute, on essaie des trucs.

Peut-être avec Alpha Wann, depuis le temps que les gens en parlent !

Depuis le temps que les gens parlent ! Ouais ça peut se faire mais il faut que toutes les conditions soient réunies, il faut que tout le monde veuille le faire, mais moi pas de soucis je suis prêt. Je suis toujours chaud, je suis toujours prêt ! La musique, ce n’est qu’une affaire de feeling et moi j’ai un feeling avec la musique d’Alpha Wann donc si jamais il veut faire un morceau je suis prêt !

Merci beaucoup d’avoir répondu aux questions !

Merci à vous !

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