Hotel Paradisio : “Je ne suis pas forcément l’exacte image que les gens se font de moi”

Principalement auteur mais parfois également compositeur, Hotel Paradisio fait parti de cette génération d’artistes que l’on peut considérer « self-made », des touches à tout. Présent depuis maintenant plusieurs années sur la scène française, le rappeur strasbourgeois ne fait que step-up entre chaque projet. Le vendredi 21 mai dernier le strasbourgeois dévoilait GEMINI, son 5eme projet. Entre voyage, haine et mélancolie; venez découvrir avec nous l’univers d’Hotel Paradisio lors de cet entretien.


Dès l’intro du projet, le rappeur nous amène avec lui dans les airs. Le titre du morceau parle pour lui- même « LAX », acronyme de l’aéroport de Los Angeles, ville à nouveau référencée dans le refrain du morceau avec l’apparition de « Santa Monica ». Les refrains. L’un des gros points forts de ce projet.

Hotel Paradisio – LAX


Dans un univers généralement sombre, Hotel Paradisio réussi à faire ressortir des toplines entêtantes aux ambiances estivales, comme dans Flash, Mirador ou encore Icare.

L’entièreté du projet GEMINI est un joli contraste tout à fait réussi. Des productions merveilleuses avec des guitares parfaitement utilisées. Sur ces prods, le rappeur nous fait part de cette haine qu’il accumule : « Je mets de la haine dans tout mes sons ; car y’en a dans tout mes songes. »

Cette haine mélangée à la mélancolie s’entend surtout au début du projet sur le morceau Toxic : « Et j’ai fais tant d’efforts ; tout ce que je te souhaite c’est qu’t’attrape tes morts ». Effacer ses souvenirs pour s’échapper de cette mélancolie semble être nécessaire pour Hotel Paradisio, et on le ressent au fil du projet.

Gemini est une très belle surprise de ce début d’année. Outre les sujets abordés on notera des prises de risques réussies, notamment en posant sur de la synthwave sur le morceau « Cavale » que l’on s’imagine écouter dans notre voiture en pleine nuit une fois le couvre feu levé.

Entretien :

Tout d’abord pourquoi Gemini ?

J’avais beaucoup de sons différents pour le projet et j’avais surtout cette volonté de me concentrer sur l’écriture et de dévoiler un peu plus qui j’étais. Au fur et à mesure de la création de l’EP il y avait deux faces qui ressortaient vraiment, un peu à la manière du Ying et du Yang.

Je me suis posé pour trouver un nom, « Gemini » m’est venu en tête et comme je suis Gémeaux en plus ça collait parfaitement.

Ça découle aussi de la vision du monde que j’ai ; tout le monde n’est pas noir ou blanc, tout le monde est gris. C’est aussi ça que j’ai voulu défendre dans ce projet, que je ne suis pas forcément l’exacte image que les gens se font de moi.

Y a un morceau du coup qui reprend bien cette idée de dualité, c’est Okkoto. Comment il est arrivé ce morceau ?

J’avais cette volonté depuis un certain temps de faire un piano voix et de me livrer de façon beaucoup plus intime dessus mais j’avais une certaine appréhension et je me sentais pas forcément prêt à le faire avant.

Pour « Okkoto » j’ai écouté le piano une petite dizaine de fois, j’ai rajouté quelques drums et puis tout est venu d’un coup.

C’était ultra instinctif, un peu comme quand t’ouvres les portes d’un barrage hydraulique : tout sort d’un coup dans la même destination ; et bah « Okkoto » c’est exactement ça

Hotel Paradisio – Okkoto

C’est un pari plutôt réussi puisque c’est de très loin le morceau le plus streamé du projet, est-ce que c’est la porte d’entrée à un nouveau Hotel pour les prochains projets ?

Porte d’entrée oui, après nouveau Hotel pas vraiment puisque j’ai toujours aimé kicker, c’était juste que j’osais pas assez.

C’est sûr que ça enlève toutes mes craintes et qu’il va sûrement y a voir plusieurs morceaux dans ce style là par la suite, mais j’aime trop la musique et la mélodie pour ne sortir que ça.

Ça fait maintenant 6 ans que tu rapes et pour beaucoup t’as encore cette étiquette de rookie, quelle réaction t’as par rapport à ça ?

Ça me dérange pas vraiment, je m’attarde pas trop dessus. J’ai pas envie d’être cet artiste qui perce très vite grâce à un son et qui retombe aussi vite dans l’oubli donc ça prend forcément plus de temps pour créer mon univers

C’est une étiquette qui me correspond, je suis déjà super content de la petite fan base que j’ai, évidemment que je veux toujours plus mais je préfère qu’on me dise que je suis un rookie plutôt qu’un artiste “surcoté”

En 6 ans on te retrouve que sur un seul feat, « Cocaïne », en 2015 avec Ashkidd, pourquoi si peu de collaborations ?

Avec Ashkidd ça s’est fait super naturellement puisqu’on se connaissait déjà et honnêtement je t’avoue que c’est un truc que j’ai pas trop calculé. J’étais dans mon monde, je faisais ma musique de mon côté et je pensais pas trop à feater.

Mais récemment on a commencé à réfléchir à ça avec mon manager, j’ai de plus en plus envie de travailler avec d’autres artistes et d’apprendre pleins de choses d’eux donc je pense que la prochaine étape de ma carrière c’est le feat.

Ashkidd ft. Hotel Paradisio – Cocaïne

T’as quelques noms en tête d’artistes avec qui t’aimerais collaborer ?

J’aime beaucoup ce que fait 7Jaws, on vient de la même région en plus donc pourquoi pas faire quelque chose ensemble et Zinée, une jeune artiste parisienne, qui a un univers totalement incroyable.

Après je suis beaucoup sur l’humain et sur le feeling, tu peux être le meilleur artiste de tous les temps, si humainement on s’entend pas ça sert à rien de faire de la musique ensemble.

Toujours sur ce côté collaboratif, on sait que tu fais beaucoup de prods, est-ce que tu serais ouvert au fait de feater avec d’autres artistes sur le côté prod et pas forcément sur le côté voix ?

C’est compliqué à dire. J’ai pas forcément envie qu’on me visualise en tant que beatmaker aujourd’hui parce que je pense que j’ai beaucoup de choses à faire encore dans ma carrière de rappeur, mais comme je te disais tout à l’heure, s’il y a un bon feeling avec un artiste pourquoi pas.

L’année dernière Raplume a dévoilé une mixtape intitulée « Le chant des oiseaux » sur laquelle on peut te retrouver, comment elle s’est fait cette connexion et qu’est-ce que ça t’a apporté ?

A l’époque d’Amityville j’avais contacté Raplume pour leur proposer du contenu parce que j’aimais vraiment ce qu’ils proposaient, ce côté « dénicheur de pépites » ça m’a tout de suite parlé.

On a fait une interview puis de fil en aiguille j’ai posé sur leur tape.

On sait que t’aimes bien avoir une main mise sur l’entièreté de ta musique, (réalisation, prods, etc..) est-ce que directeur artistique c’est un statut vers lequel tu pourrais tendre à la fin de ta carrière ?

Pour ce côté « couteau suisse » ce sont certaines expériences de la vie qui m’ont amené à apprendre à me débrouiller sur un peu tous les domaines. Si tu dépends de quelqu’un t’es jamais à l’abri que cette personne te lâche, donc il vaut mieux apprendre de son côté et compter uniquement sur soi-même.  

Et pour le côté directeur artistique évidemment que c’est un statut vers lequel je tends, mais j’aimerais énormément écrire pour d’autres artistes également.

Merci à Hotel Paradisio d’avoir répondu à nos questions !

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Thomas LOPES

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