Sch sur le toit du rap avec “Rooftop”

Sur le toit de son immeuble, un fusil sur l’épaule, le mafieux du rap français a lâché sa nouvelle pépite : « Rooftop ». JVLIVS était un ovni, Rooftop est un avion de chasse. Car si SCH se recentre ici vers quelque chose de plus classique dans la forme, c’est un nouveau très bon album qu’il a livré.

« Rooftop j’sors ça avant l’tome 2 ça m’démangeait ». Non, il ne s’agit pas là d’un JVLIVS II comme beaucoup de fans l’attendait. JVLIVS, un album dans lequel Julien Schwarzer de son vrai nom sortait des sentiers battus avec une âme sudiste mais aussi et surtout une façon de parler de lui à travers le storytelling très innovante. Une approche qui n’aura cependant pas manqué de frustrer le S. Si JVLIVS était un film d’auteur, Rooftop est un blockbuster. Un projet à l’efficacité redoutable qui sert à SCH de « sas de décompression » comme il l’a déclaré sur Booska P. Il extériorise ici tout ce qu’il n’a pas pu se permettre sur son dernier album.

JVLIVS devient Julien

JVLIVS, c’était une histoire très personnelle, mais délivrée par le personnage de JVLIVS. Dans Rooftop c’est Julien Schwarzer qui livre le tout. Un album qui lui ressemble ce qui se ressent à travers son titre. Car après tout qu’est-ce qu’un rooftop ? Il s’agit d’un restaurant ou d’un bar qui décide d’investir son toit pour gagner de la clientèle. D’où la cover de l’album sur laquelle on peut observer SCH sur un toit d’immeuble. Mais un rooftop suggère l’idée qu’il faut trouver des moyens pour attirer de la clientèle supplémentaire, et donc pour faire plus de profits. Et le moyen qu’a trouvé SCH pour gagner sa vie : c’est le rap. Le toit d’immeuble donne une dimension de hauteur, une élévation qu’il partage dans l’album en parlant de son vécu et de son ascension pour en arriver à ces sommets.

La cover de Rooftop

Au-delà du titre de l’album, la psychanalyse est présente sur tout l’album. SCH évoque sa famille à travers la mort de son père ou encore la situation de sa mère qui a travaillé de façon acharnée pour avoir de quoi vivre. Le rappeur l’explique dans son interview sur Booska P : « Ma mère a troué ses chaussures pour que les miennes ne le soient pas ».

Comme sur ses autres albums, SCH exprime sa vie en parlant de son ancrage chez lui, à Aubagne. Des influences sudistes qui passent par une façon de parler de ses attaches très imagée. Cela se fait à travers les références mafieuses, mais aussi à travers des thèmes omniprésents, entre fusils, trahisons et vengeances.

Des featurings à consommer sans modération

La rupture avec JVLIVS passe aussi par une volonté de SCH de se tourner vers les autres. S’il y a une chose qui est remarquable sur les différents projets de l’artiste, c’est qu’il préfère largement travailler seul. Il s’offre ainsi cinq featurings sur Rooftop, le faisant devenir l’album avec le plus d’invités de sa discographie. Et quels invités ! Rim’k, Heuss l’enfoiré, Capo plaza & Soolking, mais aussi et surtout Ninho qui a le don depuis quelques temps de propulser les titres dans lesquels il apparait sur le devant de la scène. Et que dire du magnifique son avec Gims. Inviter l’ex-membre de la Sexion d’Assaut était pour SCH un choix mûrement réfléchi. Il respecte d’une part grandement l’artiste mais il apprécie également la façon dont il a réussi à élargir ses horizons d’écoutes.

En l’invitant, il espère ainsi toucher plus de monde à travers ce son. On aurait pu croire en voyant la tracklist à un son assez commercial qui aurait pu se révéler en deçà d’autres feats, mais en réalité il se révèle très bon. Gims surprend en kickant magnifiquement bien et nous sort un refrain qui vient parfaitement s’accorder avec la prod géniale du beatmaker Guilty du collectif Katrina Squad.

Katrina Squad : la clé de voute de l’album

On ne peut parler de l’identité musicale de Rooftop sans évoquer Katrina Squad. Le collectif de beatmakers pose largement sa main sur le projet en produisant pas moins 9 des 20 titres. Parmi les producteurs, Guilty est de ceux qui apportent vraiment à l’album. Il avait déjà produit par le passé de gros sons sur les précédents albums comme Fusil ou A7, mais il revient là encore plus fort.

Sch Ninho et Guilty

Étape avant la sortie du tome II de JVLIVS, Rooftop n’est toutefois pas un album de passage. Ce n’est pas qu’une sortie qui est là pour donner de la présence à SCH sur la scène musicale. C’est un album terriblement efficace qui se libère des contraintes du précédent projet. Featurings en figure de proue, on retrouve aussi dans cet album tout ce qui nous fait aimer le S. Ce mélange cru d’influences mafieuses ou règne la violence avec une expression de sa vie, de sa famille, de chez lui. Il finit l’album avec le son « Ah gars » exprimant son angoisse face au temps qui passe.

Après 5 albums et autant de succès, le temps ne semble pourtant n’avoir aucune emprise sur SCH. Un feu « qui brûle de l’intérieur » qui ne semble pas prêt à s’éteindre.

Lucas Lauber

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