Michel, copieur marginal

Michel, rappeur loufoque alliant rap pur et inspirations électro, a dévoilé lundi 23 décembre son projet « Michel chante Michel ». Le concept est simple, Michel le rappeur réadapte à sa sauce les plus grands Michel de la chanson française.

Pour remettre Electre au goût du jour, il y avait Giraudoux, ou bien Sartres. Et pour remettre Fugain, Berger, Delpech et Polnareff au cœur du rap jeu, il y a Michel ! Originaire de Condé-sur-l’Escaut, ce rappeur à la dégaine de teufeur fait de l’absurde sa meilleure arme avec « Michel chante Michel », sorti le 23 décembre. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de lui, notamment à travers son featuring avec Sneazzy sur le « Michel et ses kheys ».

Avec une autotune usée, certains diront à outrance, Michel ancre son ep dans une modernité totale en créant un fort décalage entre les chansons originelles et les reprises. Une esthétique d’alliance entre le nouveau et l’ancien que l’on retrouve également dans ses clips, portées par une atmosphère très vintage.

C’est une belle histoire…

Pour ouvrir son projet, Michel s’attaque à Michel Fugain et sa chanson « Une belle histoire ». Il lui emprunte la mélodie et la construction des paroles. Mais il rend l’histoire plus crue, plus brute, plus réelle, plus parlante pour la génération actuelle. « Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard, elle descendait dans le Midi » devient « Il rentrait chez lui, là-haut vers la Chapelle, elle descendait à Saint-Michel ». Un décor provincial qui se métamorphose donc en un cadre parisien, à l’image de la réalité de Michel. Délaissant le bord du chemin, les deux amants se rencontreront « au fond d’un bar sombre » et se réfugieront dans la drogue…

La drogue, une thématique qui revient avec insistance dans tous ses morceaux. Ainsi, « Le Paradis Blanc » de Michel Berger n’est plus un endroit pour dormir, mais un lieu de fumette. « Je m’en irai fumer dans le paradis blanc » scande le MC, qui n’est contre toute attente pas si loin du message initial du regretté chanteur.

« Le Paradis Blanc » de Michel Berger est une chanson qui dénonce la perversion de la société actuelle, et prêche pour l’humanité un retour à son état le plus pur, loin des fléaux de la routine et du travail. Une volonté d’oublier pour retrouver un cadre plus sain donc. Michel, lui, veut se servir de ce même paradis blanc pour régler un problème bien plus personnel, et en même temps si universel : une déception amoureuse. « T’étais pas dans mes plans / j’sais pas si j’regrette ou j’mens / je m’en irai fumer dans le paradis blanc », il s’agit pour Michel de la seule solution viable. L’oubli.

Nostalgie, quand tu nous tiens

Car oui, Michel fait également de ses reprises l’occasion de transformer le « Quand j’étais chanteur » de Michel Delpech en « Quand j’étais rappeur ». Encore une fois, Michel délivre le même message, évoque la même nostalgie de l’époque révolue. Sauf qu’aujourd’hui, la musique des jeunes, c’est le rap.

Et Michel, alors que sa carrière vient de commencer, parle des instruments de perversion des rappeurs. En première position, la télévision : « maintenant, je suis has been et j’passe à la télé ». Cette même télévision qui, depuis quelques années maintenant, enchaine clichés sur clichés lorsqu’un rappeur se présente sur un plateau TV. Et en même temps, de 1975 à aujourd’hui, pas grand-chose n’a changé. Le « fan-club » de Delpech, les « groupies » de Michel, les « écarts » de Delpech, « l’alcool et ses répercussions » de Michel… Le schéma d’hier reste finalement le même que celui d’aujourd’hui.

Mais c’est sur une touche plus légère que le MC décide de conclure en reprenant « Holidays » de Michel Polnareff, chanson dans laquelle il laisse libre cours à ses inspirations électro jusque-là plus timides.

« Michel chante Michel », c’est avant tout un projet très expérimental qui mêle rap précurseur et déclarations d’amour pour la variété française. En 2020, il est l’un des artistes qu’il faut suivre, car qui sait ou le mèneront ses différentes expérimentations !

Alexis Pfeiffer

 

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