Lomepal – Jeannine

Lomepal signe avec Jeannine (son second album) 39 559 ventes en une semaine et un disque de platine en un mois. Ce qui semble être la suite logique de son précédent opus FLIP, est le fruit d’une approche tout à fait différente. Ce renouveau confirme la place que cet artiste hors pair tend à se faire dans le paysage musical français.

Une sincérité marquée par son grand travail d’introspection qui révèle sans filtre ses profondeurs, auquel s’intègre son cercle familial et amical. En tendant le micro à sa mère naît une interview qui rythme le projet jusqu’à le clôturer. Les souvenirs qu’elle garde de sa défunte mère (éponyme de l’album) introduisent le fil conducteur de la folie. Ce thème revient tout au long de l’album, notamment dans le morceau Beau la folie qu’il dédie à sa grand mère. A cela s’ajoute une omniprésence amicale dans la composition des morceaux (Stwo, VM the Don, Vladimir Cauchemar, Pierrick Devin, Superpoze) dans les featurings (JeanJass, Roméo Elvis, Orelsan, Philippe Katerine) dans la réalisation de clip par L’Ordre Collectif, dans la distribution (…) ou encore pendant la semaine Planète Rap qui lui était consacrée (Fixpen Sill, Di-meh, Slimka, Caballero, etc…) La place de ce qu’il considère aussi comme une famille prend forme dans les morceaux Ma Cousin et plus particulièrement dans Cinq Doigts. Le duo sévit là où la différence de registre avec Katerine donne naissance à une complémentarité que les paroles appuient.

Ce qui fait la richesse du travail d’écriture, c’est la suppression du caractère restrictif du fil conducteur. La folie qui paraît contagieuse à tout l’environnement de l’artiste. La beauté de celle-ci, qui prend sens en lui, dans la communion chaotique qu’il voit émerger en concert, dans les fêtes avec son équipe ou encore dans les idées de sa grand-mère. Fait aussi émerger une forme d’incohérence entre son comportement le jugement qu’il porte sur ces actes. Malgré une apparence plutôt séduisante de la folie, des contraintes prennent forme et sont la porte d’entré à son univers. L’arrivée à un statut qu’il a tant convoité par le passé lui permet l’accès à une certaine stabilité. Cependant, lors de l’accès à la reconnaissance, la réalité se confronte avec l’idée qu’il s’en faisait. Ce conflit est nourrit par le sentiment d’être différent des autres membres de la « machine ». Pendant qu’un paradoxe dans ses relations aux femmes persiste. A la fois cavalier seul des relations amoureuses désireux de changé cette situation. Mais aussi prit dans une routine de relation à des fins sexuels ne sont pas gages de stabilité. Cette ambivalence prend des allures de contraintes contrairement à ce qu’il avait cru.

Entre continuité et renouveau, Jeannine marque un nouveau tournant dans la carrière du jeune Antoine et dévoile une fois de plus une facette autant personnelle que artistique de celui qui s’installe sur le devant de la scène. Un album complet et dont aucune pièce ne semble manquer à l’instar de FLIP.

Hugo Henry