L’héritage de Gucci Mane

L’homme aux onze vies, aux 18 surnoms, aux innombrables albums et mixtapes, … La réputation du vétéran d’Atlanta n’est plus à faire. Mais force est de constater qu’il n’a pas fini de rayonner sur le monde de la trap et d’influencer les jeunes générations. De ses débuts en 2001, en passant par ses allers-retours en prison, la carrière de Guwop est pleine de péripéties, lui qui a longtemps été perçu comme un “thug” écervelé à la musique niaise, est devenu, avec le temps et une certaine volonté, un véritable modèle de réussite et de prospérité. Evil Genius constitue la suite, le nouveau volet de la saga de l’increvable Gucci Mane. 

Pourtant, le “Trap God” a longtemps été dépourvu de la stabilité nécessaire pour se faire respecter en dehors de la scène trap, mais le passé c’est le passé et Radric Davis, dont on ne peut qu’admirer la persévérance, s’est aujourd’hui racheté une image auprès de ses fans et du monde du hip-hop. Sa volonté de changer, en tant qu’homme, il l’a eu lorsqu’il s’est rendu compte de ses dépendances à toutes les substances dont il faisait constamment usage. Il déclarait à sa dernière sortie de prison qu’il avait enfin compris qu’il devait se prendre pour ce qu’il était, un addict. Commence alors une métamorphose physique et mentale impressionnante. Son incarcération en septembre 2013 pour possession illégale d’armes à feu, est une conséquence de toutes ces erreurs passées, commises sous l’influence des drogues, symptomatiques des jeunes comme lui, passés de la rue aux projecteurs. “Je pensais que je ne pouvais pas composer sobre, que je ne pouvais pas profiter de ma fortune sans être défoncé.”, assumait-il en 2016 au New York Times. Désormais il s’efforce d’être un meilleur vivant et semble avoir trouvé une paix intérieure. Il reste sobre, s’est musclé et vit avec une instagrameuse avec qui il forme un couple populaire aux US. Il ne dégage plus le même sentiment qu’avant, il est passé en quelque sorte du clown triste, bouffon et artiste déchiré, au businessman et artiste accompli, se contentant de l’image de héros du peuple qu’on lui attribue et ce tour de force impose le respect.  

Musicalement, son album reste dans le registre classique du natif de l’Alabama, un rap mélodique et qui ne se prend pas la tête. Ce style est devenu populaire avec le temps et Guwop n’a pas changé sa recette. C’est un précurseur et ses albums sont et seront contemporains. Il est toujours autant imité, mais là où certains enclenchent des “beefs” interminables et puérils, Gucci accepte ses “enfants” à bras ouverts sur ses nombreux feats, et ce, car il a compris que pour rester dans l’ère du temps, il fallait rester proche de la jeune scène. Migos, Young Thug, Chief Keef, 21 Savage, Lil Pump, Kodak Black, la liste des rappeurs actuels influencés par Gucci Mane est très longue et impressionnante, il accepte volontiers son rôle de mentor. À croire qu’il est immortel, le voir aujourd’hui fonder un groupe appelé Gucci Gang en compagnie de Lil Pump et Smokepurpp n’est même pas surprenant, au contraire, c’est dans une démarche de rédemption à laquelle il aspire qu’il veut transmettre et inspirer la nouvelle génération : « Je sais qu’en restant sobre, en priant, en jeûnant pour être le père et l’homme que je suis destiné être, j’aurai un impact sur ma famille et sur l’univers entier, pour le meilleur. ». Son évolution humaine fait plaisir à voir et cette sérénité se ressent sur Evil Genius, qui constitue selon moi son album le plus réussi, non pas que les sons soient meilleurs ou que le message ait changé, mais parce qu’il est plus réfléchi et travaillé. Ce ne sont plus des simples titres empaquetés et sortis de manière aléatoire mais un projet construit et tellement efficace, prouvant une nouvelle fois que Gucci EST la trap. 

 

Gucci est au top, il est complètement sevré et se consacre à sa vie d’artiste.  Il n’a plus de comptes à rendre et, en regardant son sourire, on peut se demander s’il est simplet ou juste heureux, mais une chose est sûre : l’époque du M. Davis violent et impulsif est révolue et il n’est que satisfaisant de savoir que l’on peut enfin profiter durablement de sa musique. 

Jules Binnert

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