Laylow ou l’artiste le plus bionique

Bienvenue à « TrinityVille ». Lieu qui abrite l’artiste le plus bionique : Laylow. Après 4 projets sur les plateformes en moins de 2 ans, il s’est absenté un moment pour nous dévoiler son premier album. Le temps était venu de dévoiler sa puissance à un public plus large.

La conception de cet album est réfléchie du début à la fin. Le tout repose sur un ensemble qui s’est établi au fur et à mesure de son évolution musicale. Ce 1er album est comme une certaine forme de consécration, un concentré du meilleur de l’artiste, accompagné de nombreuses expérimentations et influences toutes diverses et variées. Passant de Matrix à Kanye West, ces influences de la pop culture sont larges, et servent au propos développé dans ce long format. 

L’univers que nous dépeint Laylow sur ce disque est d’un sombre marqué. D’une forte profondeur, le disque nous invite à profiter d’une expérience immersive en présence du logiciel de stimulation émotionnelle nommée Trinity. 

En un peu moins d’une heure, on passe par plusieurs états d’un homme. Cela varie beaucoup, les émotions sont présentes. Sur cette route, il est possible de naviguer vers la violence et l’adrénaline comme vers la mélancolie et la tristesse. 

Photo de Roxane Peyronnec

Retour sur ces 4 phases qui définissent le squelette d’un artiste qui ne cesse de se réinventer et de toujours plus définir son univers

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ADRÉNALINE_0010 

Le point de départ. « Megatron » signe le commencement de quelque chose de grandiose. Laylow est loin des lois, dans le monde qu’il s’est créé. Il sait qu’il a les capacités de grandes choses, et que, même en ne dévoilant qu’une corde à son arc, il met tout le monde à terre. Il n’a pas de limites, où du moins n’en a pas conscience, et se proclame Man Of The Year (cela de manière valable, tout est question de point de vue). Il est invulnérable, possède de puissants atouts et se démarque de la concurrence. Mais il lui faut bien un leitmotiv pour se surpasser. Il s’agit de l’argent, qui donnera un sens à ce qu’il fait. Plus précisément, cela dans un but précis : faire tout cela pour la familia. Sur « Vamonos », en compagnie d’Alpha Wann, il démontre une nouvelle fois sa volonté de réussir avec détermination, ego et travail. 

VIOLENCE_101

Contrasté est « Piranha Baby ». Alternant entre élans de voix stridents et refrains chuchotés, le changement d’état d’esprit de Laylow ne laisse pas indifférent. Surprenant, détonnant, le morceau a une dimension sombre qui se dévoile par le biais de phases fortes comme celle qui ouvre le premier couplet : « Violent comme colon qui change d’hémisphère ». L’image reste imprimée en tête et nous donne une idée peu vague de ses envies à ce moment-là. 

On notera que le morceau se conclut sur ceci : 

 J’gard’rais pas ma rancœur, même si c’milieu m’écœure J’ai toujours la dalle comme à l’époque où j’rappais moins bien qu’eux 

On sent l’ambition du jeune créatif qui malgré ses déboires de violence, à cette envie de réussir, malgré ce qui l’entoure. 

Photo de Naomi STWN

À peine le temps de nous exprimer son appétit pour l’accomplissement que l’on embarque pour « Akanizer ». Il opte pour une voix saturée qui va nous accompagner dans ce périple. Un track court, rempli d’énergie, comme si cela n’était qu’une passade, une pulsion. Il est imprévisible, et a toujours un coup d’avance, même quand il n’est plus forcément totalement maître de lui-même, il rappe le lendemain du rap francophone

TRISTESSE_AMOUREUSE_0101 

Le thème de l’amour est une récurrence dans ceux abordés par Lay. 

Passion et frustration ne font pas bon ménage. En témoigne « Poizon », un instant poignant. 

Laylow n’arrive plus à avoir un contrôle sur le sort de ses relations, où la flamme s’éteint. Paradis artificiel ou non, les addictions s’installent, pouvant entraîner une perte de la raison. Laylow a peur de tout ça et cherche à se protéger, parfois à mettre des distances. Éprouvant des regrets au moment de la rupture, sachant comment il fonctionne, il s’en veut d’avoir replonger de cette manière dans le sentiment amoureux. 

Sur « Million Flowerz », il laisse place aux remords qui le rongent. Il tentera de récupérer sa bien aimée, mais en vain. Elle occupe encore ses pensées. Il s’agit certainement de l’un de ces morceaux les plus touchants. 

MÉLANCOLIE_01

Retour à la réalité pour Lay. Après une reconnexion impossible à Trinity, il se retrouve livré à lui-même et doit se confronter au monde extérieur sur « Nakré ». Seulement, ici, il est alcoolisé. Un flash de whisky, une plume. Il se comparera même à un « mélancolique anonyme ». Il se perd, dans ses rêves et se cache derrière un sourire. 

« Logiciel Triste » vient conclure l’album. Et quelle fin. Laylow devient lui-même, petit à petit un programme. Il finira presque inerte sous sa carapace. Il observe les apparences, se sent à part. On assiste à une reconnaissance de ses torts, cependant il n’est pas prêt à se remettre en cause, car il agit de manière formatée, sans émotions. Il dresse un constat inquiétant. Au premier abord, notre société semble se porter bien, mais elle souffre. Laylow en est ici le reflet. 

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Après un travail acharné, voici ce que nous offre Laylow. En résulte un film audio avec des hauts et des bas dû à des qualités scénaristiques remarquables. Cette année sera digitale. Il impose sa patte, et apporte un vent de fraîcheur sur la scène qui est fort appréciable. Une construction réalisée avec minutie, permet d’en faire sortir un projet solide qui risque d’être une des oeuvres majeures de ces dix prochaines années. 

Antoine C

 

2 réflexions sur “Laylow ou l’artiste le plus bionique

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