Interview avec Sopico

A l’occasion du MaMA Festival organisé en région parisienne, on a eu la chance de rencontrer Sopico, qui a sorti son premier album : “Nuages”, le 14 octobre dernier.

Après 4 EP dévoilés ces dernières années, le temps de la confirmation était venu pour le rappeur parisien de 25 ans qui revient avec un album qui lui ressemble, composé quasi-intégralement de guitare, avec mélancolie et douceur.

Cover du premier album de Sopico, Nuages.

C’est au début du mois de septembre que sort le premier extrait de Nuages, accompagné du plus beau clip de sa carrière, le morceau Slide. Une vraie claque, tant visuellement que musicalement, Sopico frappe fort dans un clip vertigineux aux allures de Mission Impossible.

Sopico jouant de la guitare sur la Tour Pleyel pour le clip de “Slide”.

Quelques jours avant la sortie du projet, “Tout va bien” sort. Deuxième extrait, dans une vibe très différente du premier, tout en douceur. Le morceau sera accompagné d’un clip quelques semaines plus tard, toujours aussi spectaculaire.

Slide est sorti il y a un mois à peu près, avec certainement un des plus beaux visuels de l’année, ça vient d’où cette idée ?

L’idée vient du mélange de deux cerveaux, le réalisateur, Scotty Simper, et le mien, mon envie de faire le casse-cou qui me poursuit depuis que je suis petit et surtout le morceau Slide qui nous a donné envie de faire quelque chose autour d’une performance.

Tout cela a été possible grâce à beaucoup de personnes qui nous ont permis de monter sur cette tour (Tour Pleyel) et d’être rassuré et de gérer les cascades.

Ça faisait un moment que Slide était composé ?

Il y a eu une première version de Slide qui avait une forme différente, moins de guitares, plus de synthés, et y’a genre 7 ou 8 mois j’ai refait le morceau en entier et c’est devenu le morceau qui est dans l’album.

Ça fait maintenant plus de 6 ans qu’on te connaît, pourquoi autant de temps avant le premier album, et il est venu d’où le moment où tu t’es dis ça y est on envoie l’album ?

Je voulais que l’album sorte dans un bon cadre, dans tous les bacs, partout en France. Pour moi un album c’est une grande sortie, et puis en parallèle de ça j’avais pas fait assez de route en tant qu’artiste pour mettre ce que j’ai pu mettre dans mon album.

Nuages, pour moi, c’est la direction la plus sincère que j’ai pu prendre depuis le début, plus sincère encore que La Nuit ou Le hasard ou la chance. C’est une manière pour moi de me présenter, ou de me représenter pour les gens qui me connaissent déjà, avec mon instrument, frontalement et ouvrir un dialogue avec les auditeurs.

Ça fait longtemps que tu bosses dessus ? Il y a des sons que t’as coffrés pour ce projet là ?

Il y a certains morceaux que j’ai fait depuis deux trois ans, sinon c’est une année ponctuellement où je travaille sur l’album avec un mois et demi d’enregistrement.

Sur la tracklist annoncée, y’a pas de feats, si on enlève Sheldon et Népal t’en a pas beaucoup fait, est ce que c’est volontaire ou juste un manque d’occasions ?

Tous mes feats se sont faits naturellement et ça s’est fait avec des gens avec qui je suis proche, j’ai toujours était dans cette optique.

J’ai fait pas mal de feats ces dernières années et je voulais revenir dans un album où mon seul feat c’était mon instrument, ma guitare.

J’ai exclu l’idée de faire des feats dans l’album mais par la suite, y’a plein de possibilités qui pourraient être géniales ! Il y a certains feats que j’ai fais avec des artistes, que je peux pas dévoiler maintenant, mais qui sont super intéressant, où on amène des vibes différentes.

J’avais entendu parler d’un Georgio et d’un Isha.

Ouais, Isha on a collaboré mais c’est pas secret j’en ai déjà parlé, Georgio ça fait des années qu’on se connaît, on a des pistes de travail ensemble mais pour pas citer qu’ eux, je peux te citer Némir, Lonepsi, des gens que je connais depuis longtemps et avec qui j’ai envie de travailler.

Même au-delà des personnes avec qui j’ai déjà des connexions, y’a des trucs qui sont en train de naître, un peu avant la sortie de Slide et encore plus depuis que le morceau est sorti.

La cover est ultra symbolique, simple mais symbolique, ça vient de toi ?

Ouais grave je leur ai dis que je voulais un portrait, je veux que ce soit frontal, je veux une larme mais un visage fermé, je veux être pudique mais montré que je ressens des émotions.

On peut imaginer comment je suis habillé sur la cover, mais si on avait voulu la faire en entier je pense que j’aurai été à poil parce que le but c’était que cet album soit le plus sincère possible, je voulais que, quand on regarde la cover, on ait l’impression de me regarder dans les yeux.

Cover de Nuages

Pourquoi tu fais cette tête si tout va bien ?

Sur la cover je fais cette tête parce que je sais pas comment me positionner par rapport à mes émotions donc je fais une poker face. Mais en général je suis plutôt heureux, plutôt souriant dans ma vie, même si je fais des petites phases, comme tout le monde, je les acceptes et parfois j’en fais des morceaux.

On t’a vu prendre la parole et t’exprimer pendant le confinement, tu trouves ça important toi en tant que personnage public de prendre la parole la dessus et pourquoi t’as été l’un des seuls à le faire ?

Je pense qu’il ne faut pas hésiter si on pense que ça va peser pour le faire, moi je l’ai fait naturellement, j’ai pas eu besoin de me concerter avec qui que ce soit.

J’étais indigné de voir toutes ces choses qui se passaient, y’a eu comme un enchaînement d’histoires et j’ai décidé d’en parler. Même si je suis assez pudique et que je prends pas trop la paroles sur les réseaux, à ce moment là, je me suis vraiment senti indigné, je pensais que c’était important de dire les choses et parler des problèmes qu’il y avaient par rapport au harcèlement et certaines actions.

Je garde en tête que c’est le combat d’une vie pour certaines personnes, défendus par des grandes femmes et des grands hommes, et j’ai essayé de mettre mes mots sur ça. C’est un combat de tous les jours il faut se battre contre ça et défendre les victimes.

Est-ce que t’as eu des répercussions négatives ?

Non aucune, ça a ouvert des débats j’ai échangé avec des gens.

J’aime pas mélanger ma musique et les prises de positions politiques, après par rapport à ça, y’a un aspect social, et je pense qu’il est important dans la musique. Les artistes sont parfois les haut-parleurs des gens et je pense que ça va être de plus en plus présent dans les projets artistiques à venir, peut être aussi dans les miens, mais comment avoir des répercussions négatives en disant la vérité aux gens ?

Je me suis senti à ma place en disant ça, j’ai une mère, une famille ça me rendrait fou que ça leur arrive, j’ai été indigné.

C’est assez nouveau ça dans le rap non ? Je pense à Help de Laylow.

Ça a toujours existé dans la musique, il y a toujours eue des prises de position, il y a toujours eu cette espèce d’impunité chez certaines personnes qui crée des débats, qui crée des victimes mais aujourd’hui on en parle, la parole se libère à l’air des réseaux, tout le monde à son mot à dire et c’est bien que les gens qui ont des choses à dire puissent le faire.

Donc t’es pas du tout contre le concept de tribunal Twitter ?

Je suis contre ce truc de tribunal Twitter mais je suis pas contre ce truc de dire les choses et de faire contrepoids à l’impunité de certaines personnes. On juge pas les gens sur Twitter, on fait pas du mal à une personne sur Twitter c’est pas le but, le but c’est de passer un message. Chacun est libre de passer son message et t’inquiètes pas que si ton message il pue la merde et que c’est pas le bon message, y’aura des gens pour le dire.

Les réseaux sociaux c’est à double tranchant, c’est important d’arriver prendre la bonne distance avec, faut se protéger sans avoir peur d’assumer ce qu’on dit.

Le live pour toi c’est important, comment t’as fait pendant an et demi ?

C’est la base, j’avais pas de projet à défendre et j’avais décidé de prendre du temps pour moi avant l’épisode Covid, j’étais déjà dans un truc où je voulais prendre de la distance. Contrairement à certaines personnes qui se sont senties contraintes, je l’ai plutôt bien vécu. J’avais envie de me retrouver un peu seul et c’est ce qui s’est passé. 

Après cette période les étoiles se sont bien alignées et je reviens avec un album au moment où les lieux commencent à rouvrir et où la vie peut reprendre, on est entrain de préparer le live avec une tournée, là on est à quelques heures d’un show à la Cigale donc c’est que du plaisir !

Sopico sur scène à La Cigale pour le MaMA Festival

Est ce que Tout va bien c’est un petit clin d’œil à Lithium de Nirvana dans le côté “heureuse tristesse” ?

Ouais, y’a certains de mes morceaux qui agissent comme des anti-dépresseurs pour moi, peut être que ça marche aussi pour certaines personnes et j’aime bien l’idée que je sois un peu le miroir de Kurt. Il m’a beaucoup inspiré, c’était un artiste très sombre. Moi mon Lithium il rend pas accro, il a pas d’effets secondaires, Tout va bien c’est une chanson qui parle du relativisme et qui dis aux gens “je sais pas ce que t’as, je vois que t’es pas bien mais avance, va un peu plus loin, dépasse juste cette émotion et voit ce qui se passe après, ça va devenir plus intéressant et tu seras plus stable”.

“Mes morceaux agissent comme des anti-dépresseurs pour moi, peut être que ça marche aussi pour certaines personnes

T’as conscience du poids de ta musique sur les émotions des auditeurs ?

Bien sûr, j’ai conscience que ça peut en avoir, je ne sais pas exactement ce que ça provoque, mais ça en provoque sur moi, une espèce de libération.

Tu me demandais tout à l’heure si j’étais stressé par rapport à la sortie de l’album mais pas du tout, pour moi c’est libérateur, c’est une joie, être en concert c’est un moment où peu importe le style du morceau, qu’il soit énervé ou chaleureux je me sens vraiment dans un cadre chaleureux, qui me fait du bien.

Je suis conscient de l’effet que la musique peut avoir sur les gens et j’espère que ma musique fait du bien aux gens qui l’aiment et qui l’écoutent.

Pour revenir sur Lithium, tu l’avais performé chez Fanzine, est ce que on peut s’attendre à un petit projet de reprises avec des remixes ?

Pourquoi pas, parce que j’ai beaucoup d’amour pour certaines chansons et j’ai aucun problème à les rejouer, après je suis pas vraiment de l’école cover.

Après quand c’est Waxx qui te dit “tu veux faire quoi”, je lui dis “on va se faire plaisir”, il est très dans Nirvana aussi, je lui dis “on fait Lithium”, lui il adore ce morceau, pour pleins de bonnes raisons et si il voit cette interview il comprendra pourquoi je dis ça.

Peut être reprendre dans des clins d’œil une direction qu’a pu prendre Nirvana ou d’autres groupes que j’aime.

C’est un peu ce que j’ai fait dans Nuages, je pensais beaucoup aux Red Hot quand j’ai fait cet album, pour leur tendresse et leur insolence, y’a un vrai mélange avec des mélodies contemplatives. Et chez Nirvana, c’est ce côté rough, un peu brut mais aussi intestable. Toutes ces références créent chez moi une espèce de certitude quant à la forme que va avoir ma musique.

C’est maintenant que ça arrive ?

Ouais, c’est une discussion entre moi et ma guitare,  y’a plein de sujets que j’ai envie d’aborder avec elle et sous différentes formes donc ouais je vais m’amuser cette année, surtout que j’ai pas l’intention de reprendre deux ans de vacances !

Hâte de voir tout ça !

Merci !

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