Interview avec Jeune Austin

HARD DRIVE CRASHED MEMORIES où la conclusion en apothéose d’une année particulièrement chargée pour Jeune Austin et son équipe. Le troisième projet en un an, certainement le plus abouti, vient confirmer le statut de “rappeur à suivre” en 2022 pour l’artiste strasbourgeois.

Le 3 décembre dernier, 480p, premier projet solo de Jeune Austin sortait sur les plateformes de streaming. L’occasion pour le public de le découvrir, de faire un premier pas pour rentrer dans l’univers naissant de l’artiste.

Le rythme ne faiblit pas et c’est en mai 2021, seulement quelques mois après la sortie du premier projet, que sort le deuxième EP de Jeune Austin : 720p.

Un projet qu’il qualifie lui même de “plus professionnel”, l’occasion de montrer qu’il est bien présent sur la nouvelle scène du rap francophone.

Cover de 720p

Enfin, c’est au début du mois de décembre 2021, un an après la sortie de son premier projet, que sort “HARD DRIVE CRUSHED MEMORIES”, le projet le plus abouti de Jeune Austin, un EP unique en son genre, l’aboutissement d’une année de travail où le rappeur a développé plus que jamais son univers pour nous en offrir le résultat, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Cover de HARD DRIVE CRUSHED MEMORIES

T’as sorti un nouveau projet très récemment, est-ce que tu peux nous raconter l’histoire du projet ?

Pour pas te dire de bêtise, une semaine après la sortie de 720p, on avait le premier son. J’avais enregistré ma partie, Kan-G avait terminé la prod et on savait pas trop ce qu’on allait faire mais on avait déjà ce son la. Du coup on a commencé à bosser des trucs à droite à gauche pendant l’été, et en septembre, on a eu un problème de disque dur.

Kan-G est parti en session sur Paris et son disque dur a lâché, et dans ce disque dur, il y’avait plein de projets sur lesquels on avait commencé à bosser, et le seul son qu’on avait “terminé”, c’était OHSHiiT. Au lieu de s’apitoyer là dessus, on s’est dit “bah tu sais quoi, on va en faire notre force et on va essayer de créer quelque chose qui puisse faire vivre l’expérience aux auditeurs comme nous on a vécu la perte du disque dur”. 

On sait ce que ça peut représenter, c’est un objet qui est précieux, t’as plein de souvenirs dedans et du coup on s’est dit : vu que ca représente pas mal l’électronique, l’informatique et que nous on est des enfants de cette génération, on va suivre ce délire la, ce qui a donné le projet qui est sorti aujourd’hui : HARD DRIVE CRUSHED MEMORIES.

OHSHiiT c’était un peu la ligne directrice du projet du coup ?

Oui, c’était le seul son qui était complètement terminé. On avait la volonté de créer beaucoup de bugs dans notre musique, de passer du point A en allant au point F après au point B, on voulait que ça aille dans tous les sens mais que ce soit maîtrisé, et on s’est servi du son comme ligne directrice, dans le mood artistique.

Tu peux nous parler de la cover ?

De base, on avait fait des shootings en juin, et on est tombé sur une photo qui nous avait grave plu, on l’avait choisie en cover et pour la petite anecdote, on s’est un peu chamaillé avec Kan-G. Il disait qu’il trouvait ça dommage qu’on se prenne pas la tête à faire une cover qui allait avec les sons.

C’est vrai que la photo était bien, mais c’est pas une cover c’est juste une belle photo. Ça aurait pu être une putain de cover mais ça collait pas au projet, du coup on s’est cassé la tête, on savait qu’on voulait quelque chose qui ressemble aux sons, en mode patchwork.

Comme je te disais, dans notre musique, il y a différentes influences qui sont collées. On est un peu artistes dans l’âme avec Kan-G, on se considère pas que comme producteur ou quoi, on kiffe l’art globalement. C’était une volonté d’aller chercher quelque chose de différent. Kan-G ça faisait longtemps qu’il suivait un polonais sur Insta, et il m’a montré son taff, j’ai dis c’est mort on va bosser avec lui ! On lui a envoyé des rèfs et il nous a renvoyé la cover. 

Avec Kan-G on s’est regardé comme des gosses en mode : oui c’est ça !

Y’a pas de feats sur le projet, c’est un choix ?

C’est le troisième projet en un an, mon premier projet solo est sorti le 3 décembre 2020, donc là c’était un peu pour les un an du projet. C’était significatif pour toute l’équipe parce que c’était un vrai défi de sortir 3 projets en un an.

Sur tous les projets, il y a aucun feat, parce que c’est important en tant qu’artiste de pouvoir montrer ton univers sans qu’on t’affilie a untel ou untel. Maintenant je vais être beaucoup plus ouvert à des collabs parce que y’a mon dernier projet qui m’a permis de donner mon image de la musique, de montrer ce que je peux faire. 

Et si demain y’a un feat qui pète et qui me donne plus d’opportunités, on pourra pas dire “ouais c’est grâce à ce feat” parce que derrière y’a tout un background que tu pourras pas négliger. Et c’est aussi un peu une question de fierté.

Après je me mélange pas mal quand j’suis sur Paris. Je vais souvent en studio avec des potos comme Sonbest, j’ai fait un son avec A$tro Boi, c’est plein de trucs comme ça. J’ai des contacts mais c’est pas forcément des trucs qui sortent, c’est bien de se mélanger mais il fallait avoir sa carte d’identité avant aussi.

T’as sorti le clip d’INTRO !? qui marque un vrai cap dans ton évolution visuelle, tu peux nous en parler ?

On a sorti 480p qui étaient plus des petits vlogs, après y’a eu Noche. Là pour INTRO !?, on s’est donné un peu plus de moyens, on a bossé avec une équipe de 30 personnes, ça ne m’était jamais arrivé, d’habitude on est toujours en petit comité à faire nos trucs, là ça se professionnalise. 

Le but c’était de faire coïncider l’image avec la musique et pareil que pour la cover, ça reflète pas mal le son, y’a des bugs, des glitchs dans le clip, c’était la volonté d’être cohérent avec la musique, de montrer le mood du projet en général parce qu’il y’a un virage artistique.

On reste dans une perpétuelle évolution depuis 480p, si le disque dur était pas cassé, on aurait peut être fait un 1080p. Mais là c’est un vrai virage, c’est drastique mais ça reste cohérent, on voulait bien l’appuyer aux yeux des gens.

On parlait tout a l’heure des tes mini vlogs pour 480p, t’aimerais faire un documentaire plus poussé sur ta musique ?

Ouais grave, après je pense qu’il y’a une légitimité à avoir, il y a certains stades à passer avant de faire des trucs comme ça. Je le ferais pas tout de suite, faut un background, si un gars comme Orelsan l’a sorti que maintenant, c’est aussi qu’il faut que tu vives certaines choses, que tu accomplisses certaines choses et ça sert a rien de le faire si t’as pas passer un certain cap.

Il y avait celui de Lomepal aussi sur Youtube, il m’avait donné grave de la force autant que Les étoiles vagabondes, autant que Look mom I can fly, mais c’est des gars qui ont quand même passé un certain step pour faire ça. En terme de visibilité, d’auditeurs, après nous on filme tout le temps, le caméscope il a pas bougé il est toujours là ! Les images elles sont là et on verra plus tard, on y réfléchit pas trop mais je pense que dans notre équipe on aimerait tous.

Tu penses que ton dernier projet peut te faire franchir ce step ?

Je pense que c’est la petite marche juste avant de passer le step. Y’a eu 480p qui a fait un tout petit bruit, qui a montré que j’étais là. Y’a eu 720p qui a appuyé ça, qui a montré qu’on était sérieux et que ça se professionnalise, qu’on a envie de faire les choses for real. Moi j’ai envie de passer un step au niveau artistique, le dernier projet je trouve qu’il est merveilleux mais y’a toujours mieux à faire. Je reste dans cette dynamique pour me dire que faut encore bosser.

Ça veut dire que le prochain projet c’est un album ?

J’ai plein d’idées mais rien de concret encore, je sais pas parce qu’un album c’est quelque chose de gros pour moi. J’ai vraiment envie de le faire bien, pour l’instant je veux juste faire de la musique et voir comment ça se passe. Depuis que je suis dans le paysage musical, j’ai pas fait de single ou quoi, j’ai sorti que des projets donc là je vais prendre le temps de bien réfléchir, de prendre les bonnes décisions. Je suis pas quelqu’un qui me précipite, même si 3 projets en un an ça pourrait paraître précipité, c’est toujours réfléchi. Là j’ai juste envie de prendre mon temps, de faire vivre le projet parce que je sais que cette petite marche elle veut aussi dire faire des scènes, aller voir des gens.

T’as pas pu faire de scène encore, t’es impatient ?

Je suis trop impatient, en vrai je pense que je suis plus un gars de scène que de studio.

Mais là je suis anxieux et pressé en même temps, je suis comme un gosse, je suis pressé de sauter partout, de me donner à fond, de transpirer ! On vit pour passer des moments comme ça, c’est ça qui te donne des papillons dans le ventre, si ça te fait plus peur il faut arrêter.

Il y a des sons à la guitare dans le projet, comment ils ont été composés ?

Je pense que depuis le début de l’interview t’as un peu capté mais c’est mon gars Kan-G.

Il est au mix, master, et aussi à la DA du projet. Après la DA, on se partage ça mais en fait on est un binôme. Genre on a la chance d’avoir eu un groupe avant, de se comprendre de ouf. Kan-G a une place très importante dans ma carrière, comme Eazy Dew pour Josman ou Dioscures pour Laylow, y’a plein de binômes de beatmakers et d’artistes.

Mais oui du coup il compose les guitares, il mix, après au mix on est ensemble, j’ai pas les compétences qu’il a, le savoir, mais j’ai une oreille, donc si ça me plaît pas je vais lui dire. On s’écoute de ouf aussi, ça permet d’obtenir le résultat qui nous convient le mieux, notre musique c’est un immense puzzle. Il y’avait des yaourts qui étaient là depuis fin mai, y’a des prods qui datent d’un an, c’est du patchwork, comme pour la cover, comme pour tout notre musique. Elle nous ressemble de fou, même dans la façon de travailler c’est un peu dans tous les sens mais on sait où on veut aller.

Comment définirais- tu ta musique ?

C’est de la disto. C’est notre genre à nous. En toute modestie, je pense pas voir des gens qui font la même chose que nous, en tout cas en France y’a des trucs qui peuvent ressembler, dans les mix, dans les façons de poser, mais l’ensemble non.

Notre musique elle est assez internationale, ça peut parler à plein de gens, c’est tellement un mélange de plein d’influences que je peux pas tout te dire sinon demain on est encore là. C’est de la disto. C’est un savant mélange comme on dit entre nous, y’a du rock, de la variété, du rap, on est inspirés par tout, on se met pas de barrières, si on aime on prend.

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