Hugo TSR, itinéraire d’un rappeur casanier

Il martèle le rap français à coups de rimes aiguisées depuis 2004. Prince des sous-sols
de la scène parisienne underground, il en est aujourd’hui un monstre sacré. Hugo
TSR, un MC qui brille tout en rejetant la lumière.

« J’ai pas changé d’adresse, pourquoi j’aurai changé de flow ». Depuis son premier projet
solo en 2005 intitulé « La Bombe H », Hugo TSR (TSR pour « Tise Shit et Rap ») n’a
jamais changé son style. Une capuche sur la tête, des lyriques contestataires, des
instrumentales rarement festives, et un sens du kickage que lui envient tous les
asthmatiques de France… Malgré son refus de changer, il reste sans conteste le MC le plus
iconique du 18ème arrondissement
Sur les 5 albums qu’il a sorti (sans compter ses projets avec le TSR Crew), le rappeur
parisien a toujours revendiqué son refus de percer. « Moi j’rappe pour m’exprimer pas
pour qu’on me dise c’est toi la star », clame-t-il dans son album Flaques de Samples.
Authenticité, tel est donc le crédo du rappeur qui se sert de sa musique pour rejeter toute
forme de compromission aux règles du show business. Figure solitaire par excellence, le
rappeur s’est malgré tout illustré dans quelques connexions très intéressantes. La preuve
avec cette photographie interactive.

Des interviews très rares, pas de pirouettes pour accéder au succès… Hugo TSR rappe
parce qu’il en a besoin : « le hip hop c’est ma culture j’m’en bas les couilles des
Inrockuptibles », explique-t-il dans le son « Sélection Naturelle ». Aujourd’hui devenu
malgré lui l’ambassadeur du rap underground, il jouit donc d’un statut très spécial au sein
du rap français.
Hugo TSR passe son temps à parler de son quartier, son XVIIIème arrondissement qu’il
n’a jamais voulu quitter et qu’il décrit mieux que quiconque. L’analyse du Règlement de
son album « Fenêtre sur Rue » décrypte à merveille la dimension locale de son rap.
Pourtant, le rap du MC est loin de se limiter à des textes sectaires.

L’art de la punchline

Si Hugo TSR est aujourd’hui le plus mainstream des rappeurs de l’ombre, c’est notamment
grâce à ses punchlines meurtières. « On sait plus qui est qui comme un keuf qui promène
son chien », « on vise la lune comme Mimie Mathy dans un concours de dunk »…
Aussi efficace que cru, Hugo TSR brille aussi bien par ses punchlines « faciles » que par
des textes truffés de références. De Benny Hill à Nicky Larson en passant par Betty Boop,
celui que l’on surnomme Hugo Boss promène une bien large culture dans son

Rap cinématographique

Prenons l’exemple du cinéma, dont on retrouve beaucoup de clins d’œil dans les textes
d’Hugo : « on marave tout j’vais pas chialer comme De Niro dans Mafia Blues », « une
vie pas nette là c’est l’étrange Noel de monsieur Jack Daniel’s », « on nique l’école on a
l’vidéo club »…
Mais plus que ça, le rappeur du nord de Paris Nord parsème constamment ses morceaux de
répliques de films. S’il n’est pas le seul dans ce cas-là, Hugo TSR est l’emblème-même de
cette pratique. Rien que sur Fenêtre sur Rue, on retrouve des répliques de films dans 7 des
14 morceaux du projet. Si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, cette vidéo vous
décortique quelques-uns des extraits de longs-métrages les plus iconiques disséminés dans
les musiques du rappeur

Hugo est aujourd’hui un MC reconnu dans tout l’hexagone, car son rap sait s’adresser à un
large public. Dans la linéarité de son flow, il y a une mélodie universelle. Il n’est pas
nécessaire d’avoir grandi et vécu les tourments du XVIIIème pour s’approprier ce rap.

Candide TSR

Hugo Boss est atemporel, son œuvre porte en elle un message philosophique. Il n’est pas
le seul rappeur à faire l’apologie de son quartier, mais il est bel et bien le seul à joindre
paroles et actes. Comme expliqué en début d’articles, Hugo TSR a toujours refusé
d’abandonner son 18ème arrondissement pour une vie de succès. Raconter les bas-fonds
de Paris, dénoncer et se battre pour représenter son fief… Cette volonté de conserver son
quartier, cet environnement qui lui est cher, est à mettre en parallèle avec un certain
Candide, plus de 200 ans en arrière.

Dans l’essai éponyme philosophique de Voltaire, Candide, après avoir vécu de
nombreuses aventures, en vient à la conclusion qu’il faut chérir ce que l’on possède, plutôt
que d’ambitionner d’en avoir toujours plus. « Cultiver son jardin », telle est la philosophie
de Candide. Hugo TSR, lui, « cultive son 18ème » contre vents et marées depuis 15ans
maintenant.

Eldorado, j’parle de ce pays là où la police règne 

Mais point de rupture : Hugo TSR rejette violemment toute idée d’Eldorado. Pour rappel,
Eldorado est une cité utopique présente dans Candide, dans laquelle la criminalité n’existe
pas, où tout n’est que merveilles. Dans l’album Fenêtre sur rue, le MC de la Capitale
s’attaque à ce modèle dans le son « Eldorado ». Il y fait une analogie entre la ville
philosophique et l’état français.

« Eldorado, j’parle de ce pays là où la police règne / Eldorado, la liberté c’était qu’un joli
rêve ». Pour Hugo, la France a promis beaucoup de choses à toutes les populations issues
de l’immigration, et s’est fait passer pour un Eldorado. Des promesses vaines. Le rappeur
résume la France à « une terre d’asile psychiatrique » (jeu de mot entre « terre d’asile », et
« asile psychiatrique »). Un pays d’accueil pour tous les migrants, mais aussi un territoire
hypocrite où les migrants pensent trouver liberté, mais finissent prisonniers.

Hugo TSR est un artiste casanier, un rappeur qui a choisi de préserver son jardin, qui a
choisi de rapper son 18ème.

Alexis Pfeiffer

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