10 projets pour découvrir le rap coréen

Quand on pense musique coréenne on pense directement au phénomène K-pop. Pourtant il existe de nombreux style de musique en Corée dont l’un est en pleine expansion : le rap, ou plus communément appelé K-hip hop ou K-rap.

Un peu d’histoire :

L’ expansion du K-rap  débute dans les années 90 avec des groupes incontournables comme Dynamic Duo ou Supreme team . Comme aux Etats-Unis ou en France le rap coréen a, là aussi, pour but de se faire entendre et de mettre en avant les problèmes sociaux du pays. A cette époque le pays n’était pas aussi ouvert qu’aujourd’hui, et la critique de la société était mal perçue et de nombreuse chanson se sont vues censurées car jugées « trop violentes » ou « trop explicites ».


Puis, au fil des années le K-hip hop a su se faire une place au sein de l’industrie musicale coréenne en devenant, derrière la K-pop, le deuxième marché musical le plus rentable du pays.
Des émissions spéciales sur le K-hip hop visant à dénicher les pépites du rap coréen voient alors le jour. C’est notamment le cas de la référence national Show me the money (SMTM) qui, chaque année depuis 2012, attire de plus en plus de téléspectateurs ; voyant même des stars du rap américain tel que Snoop dog, Timberland ou encore Dj Khaled y venir en tant que juges. En outre, le format inspira même d’autres émissions tournées vers le rap coréen telle que High School Rapper ou Unpretty rapstar.


Contrairement aux artistes de K-pop, les artistes de K-hip-hop sont généralement signés sous des labels spécialisés dans le hip hop et qui sont gérés par des artistes venant de la scène hip hop coréenne (Jay Park, The Quiett…) ou sont alors totalement indépendants. Cette particularité offre aux artistes K-hip hop beaucoup de liberté et de place à leurs créativités . Par ailleurs, ces labels sont de plus en plus aidés par la société du divertissement coréenne où, par exemple, des sociétés faisant des clips pour l’industrie K-pop financent de plus en plus les clips des artistes provenant du K-Hip Hop .Un soutient qui va permettre au K-hip hop une expansion internationale, que ce soit sur le continent américain ou bien européen.
Pour bien comprendre le style K-Hip hop voici alors un petit focus sur 10 projets à écouter pour se plonger dans le rap coréen.

Jay Park – worldwide: 

Worldwide est l’un des classiques du rap coréen. Sortie en 2015, l’ancienne star de K-pop Jay Park nous propose ici un album mixant à merveille le rap et le chant. En plus des protégés de son label AOMG, Jay Park s’entoure d’un casting XXL pour son album, notamment par la présence de cadors tels que Tablo, leader du groupe de hip hop Epik High, Dok2 ou encore Okasian, mais aussi de futurs grands noms du rap coréen comme BewhY ou Giriboy.

Cover de l’album WorldWide de Jay Park

Etant natif américain, Jay Park a toujours été très inspiré par la musique américaine et cela se ressent tout particulièrement dans Worldwide. Du clip de Mommae contenant tous les clichés du clip de rap américain (argent, belles filles…), aux beats fraichement inspirés de la vibe hip-hop américaine des années 90 avec le morceau Don’t try me. Une inspiration américaine dans laquelle Jay Park va ajouter toute la versatilité musicale qu’il acquit lors de ces années en tant qu’idol K pop : le rap, le chant et la danse.

On se retrouve alors avec un album influencé à la fois d’un côté par le rap américain et de l’autre par la pop coréenne, un cocktail qui permet ainsi à Jay Park d’offrir un album porté vers le grand public par des titres plus pops tel que Mommae ou You know, et satisfaisant un public plus rap via des titres tels que Worldwide ou Seattle 2 Seoul

Boycold – Post Youth:

Très présent sur la scène rap coréenne, Boycold annonce pour l’année 2019 la sortie de son premier projet Post Youth. Teasé dans un premier temps par le titre Youth!, le projet sort alors quatre mois plus tard, propulsé par la popularité de ce dernier. Un projet où l’on ne retrouve pas moins de 13 artistes venant de tous bords de la scène hip hop coréenne.

Cover de l’album “Post Youth” de Boycold

L’album s’ouvre avec un feat entre le chanteur Car the garden et le rappeur The Quiett. Sur une prod harmonieuse et calme (5) five est une réelle mise en bouche de la vibe sur laquelle Boycold nous emmène tout au long de son projet. Que ce soient les titres principalement chantés ou rappés, chaque prod se mixe à merveille avec les artistes choisis. Car, oui, c’est là la réelle force de l’album : le mix entre la prod et les artistes choisis. On ressent alors avec Post Youth le travail effectué par Boycold pour harmoniser l’ensemble, et on peut dire que c’est une réussite tant la cohésion du projet est aboutie !

Indigo music: IM:

Im est un projet un peu spécial. En effet, il n’est pas l’album d’un artiste mais de plusieurs, signant tous sur le même label : Indigo music. 6 artistes en tout, à savoir Kid Milli, NO:EL, Justhis, Jcki Wai, Young B et enfin Swings. Habitués à faire des feats ensemble, ces 6 artistes se réunissent pour nous proposer un album de 11 titres.

Pochette de l’album “Indigo” de IM

Sur des prods majoritairement trap, nos 6 protagonistes vont s’alterner magnifiquement pour nous offrir de purs hits dont le plus gros est celui qui clôt l’album : Indigo. Sur une prod trap, nos 4 rappeurs enchainent les références au rap américain, et à la pauvreté du rap coréen dans lequel ils produisent, tout en rappelant leur loyauté envers leur label : Indigo music. Emmené par un refrain simple et efficace, chaque rappeur avec style unique, surplombe l’instru pour nous offrir un banger sur lequel il est impossible de rester indifférent. Un titre parfait pour clore ce projet commun, où chaque artiste combinent excellemment, malgré des styles et influences différentes. Ainsi, on peut par exemple passer du style autotuné de la rappeuse Jcki Wai, au flow articulé du très jeune rappeur Young B.

En bref, Indigo music est le label qui assure la relève du rap, et l’album IM en est le reflet, celle d’une jeunesse que rien n’arrête et qui s’unit sous une seule couleur l’indigo.

Woodie Gochild: #Gochild:

Révélé en 2016 par l’émission SMTM, Woodie Gochild sort alors de nulle part. Passionné par la danse, Woodie Gochild débarque sans réelle expérience dans le monde du rap, et va pourtant réussir à se faire remarquer, grâce à son style musical au reflet de sa personnalité : joyeuse et un peu barrée.

Cover de l’album “#Gochild” de Woodie Gochild

Mélangeant à la fois rap et pop, #Gochild s’identifie comme un album au rythme dynamique et dansant. Un projet au caractère plutôt commun, qui tend alors vers la banalité, mais dans lequel Woodie Gochild va y ajouter sa propre touche. Une touche qui s’amorce par une maitrise de l’autotune, que ce soit lors des parties rappées ou bien chantées. Ajouter un flow dynamique et des prods inspirées de la musique pop ainsi que sa signature pour le moins atypique (le roucoulement de pigeon) et on passe d’un album à l’apparence basique, à un disque au code musical authentique et original. De plus, les artistes choisis par Woodie Gochild coordonnent parfaitement avec son style, à en juger par le titre Cottom Candy, en feat avec la chanteuse de K pop Hwasa, où l’entente surprenante entre les deux artistes vous fera sûrement ajouter ce son dans votre future playlist d’été.

Yunhway: Instant:

Peu connue avant son parcours dans la dernière saison de SMTM, Yunhway est l’artiste féminine en vogue de la scène rap coréenne. Dans un milieu majoritairement composé d’homme, Yunhway a forte à faire pour suivre les pas de sa consœur, Jcki Wai.

Cover du projet “Instant” de Yunhway

Ayant passée la grande majorité de son enfance et adolescence aux Etats-Unis, Yunhway parle donc anglais couramment. Dans une industrie où l’utilisation de l’anglais et du coréen dans les textes est devenue norme, Yunhway possède donc un atout de marque qu’elle va mettre en évidence en alternant régulièrement des paroles en coréen et en anglais, et parfois même en produisant des titres complètement en anglais comme le morceau Polaroid présent sur son projet Instant. Un projet de 7 titres où Yunhway, avec son timbre de voix rare et son style cloud rap, porte la voix d’une femme libre, brisée par les ruptures amoureuses, et loin de l’image sociétale de la femme coréenne.

Yunhway fait partie de cette nouvelle vague de rappeur(se) coréen(ne) libre et décomplexés affichant leur propre style et leur propre vision de la société, souvent aux antipodes de la bien bien-pensance coréenne. Et c’est ce qu’on retrouve dans le projet Instant, qui sonne comme l’avant-gout d’un futur album qui ne faudra pas rater.

BewhY: The blind star:

Très apprécié en Corée, BewhY tient la réputation d’un artiste aux textes
réfléchis et aux flows diversifiés. Très croyant, BewhY, à travers ses textes, transmet
généralement une réflexion plutôt introspective, tournée en parallèle autour du
monde environnant. Un an après sa victoire remarquée lors de la 5éme saison de
SMTM BewhY sort son premier album : The blind star. Un album centré sur
l’opposition du bien et du mal où BewhY ne laisse rien au hasard.


Dans son album BewhY introduit dans un premier temps un personnage cupide
et orgueilleux, qui incarne l’avidité. Un alter-ego caractérisé par des prods
électroniques et lourdes qui rendent le rap de BewhY agressif, et des titres et paroles
représentant la réussite : Red carpet, 9ucci bank..


Séparé par l’interlude Broken Navigation, BewhY introduit par la suite, un
personnage totalement différent, caractérisé par des prods douces et simples. Coté
lyrics, ici, BewhY articule ses textes autour de paroles sages où le personnage ici
remercie ses fans sans lesquelles sa réussite aurait été impossible.
BewhY nous propose donc à un album travaillé tant sur le fond qui traduit la
dualité qu’expose la notoriété. Que sur la forme, où chaque son émet quelque chose
de différent que soit par la prod, les paroles ou encore le flow. Un album qui place
BewhY comme l’un des piliers du rap coréen.

Hash Swan: Silence of the REM:

Loin de ce qu’il a pu faire lors de ses différents projets, Hash Swan nous propose dans Silence of the REM, un véritable changement artistique. En effet, habitué à nous proposer des albums de rap assez classiques se démarquant par son timbre de voix peu commun dans le rap, ici Hash Swan nous fais part d’un tout nouvel aspect artistique : le chant. 

Par la pochette et le titre de l’album directement inspirés par l’affiche du film le silence des agneaux, on comprend alors que comme dans le film on va s’immiscer dans les émotions du personnage principal, ici Hash Swan. Une immersion inhabituelle pour l’artiste, dans laquelle il va alterner à la fois rap et chant sur des instru’ évasives. Ainsi sublimé par des feats de hautes qualités, Silence of REM nous porte tout au long des 13 titres dans un voyage émotionnel, mixant tristesse et joie.

Silence of the REM est une véritable prise de risque, un album où à travers ses émotions, Hash Swan nous livre un tout autre visage de l’artiste rap qu’il était jusque-là. Une prise de risque alors réussie tant l’album est touchant et le tournant artistique maitrisé.

Woo: af:

Des sujets peu communs et un style propre à lui, Woo est un artiste particulier et peu standard, et son premier album en est le reflet. 8 titres où le rappeur nous dévoile toute sa versatilité en apportant un renouveau sur la scène coréenne. Sur des prods et feats choisies minutieusement, Woo adapte son propre style, caractérisé par un flow inconstant accompagné par des ad-lib « chuchotés », ajoutant ainsi à sa musique une touche unique et accentuant son côté sombre et celle de ses lyrics, son titre cash étant l’exemple parfait.

Les sujets vont de sa notoriété grandissante depuis la signature avec l’incontournable label de la scène hip-hop coréenne AOMG, du pouvoir de l’argent jusqu’au témoignage de ses dépressions fréquentes. Les lyrics de Woo sont toujours extrêmement juste et combinent parfaitement à son flow saccadé et sa voix cassée qui permettent à l’artiste de nous proposer un album maitrisé de A à Z. Projet qui lui vaudra par ailleurs le titre d’artiste hip hop de l’année au Gaon Charts Musique Awards.

Epik High Shoesbox 

Composé des 2 rappeurs, Tablo (leader) et Mithra Jin, et du compositeur DJ Tukutz, Epik High ont joués en grand rôle dans la reconnaissance du rap dans la société coréenne, notamment grâce à leur album Shoesbox qui fut le premier album rap à se retrouver à la tête des chartes coréennes, qui jusqu’à-là étaient dominés exclusivement par la K pop.

Le projet est porté par son tube Born Hater en feat avec les 3 stars de K pop : B.I, Bobby et Mino et des deux rappeurs Verbal Jint et Beenzino. Au beat trap et au rap incisif, Born Hater est une parenthèse dans un album où la mélancolie occupe une grande place. Car en effet, si l’album à une aussi grande réussite, c’est qu’il est parvenu à toucher une grande partie de la population coréenne, par une recette mêlant à la fois des paroles touchantes aux sentiments universels tel que la rupture ou encore sa propre place dans la société, et l’omniprésence du piano qui rythme l’album et amplifie son atmosphère mélancolique. Un triomphe qui ira au-delà du pays et sera récompensé par la présence du groupe au festival Cochella en 2017

Changmo: Boyhood:

Boyhood est l’album de l’année 2019 qu’il ne fallait pas louper. Après plusieurs années à enchainer les mixtapes Changmo sort son premier album studio fin d’année 2019. Contrairement à ses anciens projets tournés majoritairement sur de l’ego-trip, Boyhood est un plongeon dans les pensées de l’artiste. Un virage plutôt bénéfique pour le rappeur au vu du succès qu’aura l’album, et notamment le son Meteor qui fut longtemps dans les tops charts coréen aux côtés de titre majoritairement K pop. Drôle de surprise pour le rappeur qui ne s’attendait pas un tel triomphe pour un album aussi personnel. Mais quelle est la recette de ce si grand plébiscite ?

Comme l’a dit Changmo, Boyhood est un album où l’artiste raconte une histoire, son histoire. Une histoire qui l’introduit par le son wish où le rappeur nous conte les doutes et larmes de joie offertes par sa signature sous le label Ambition Musik. Dans Boyhood l’auteur va donc nous faire part de sa vie et de son enfance marquée notamment par sa relation fusionnelle avec sa mère, qu’il exprimera dans le titre SERENADE, inspiré par le son Hey mama du rappeur Kayne West, dont il est un grand fan. De plus il laissera au sein de ses lyrics une grande place sur la perception et la signification de sa réussite. Changmo nous dévoile ici un album aux sentiments intimes mais tout aussi universels qui vont toucher les spectateurs, et c’est par cette contradiction que Boyhood va rencontrer le succès, un succès notamment récompensé par sa victoire en tant qu’album de l’année au Korean Hip Hop Awards.

 

Le K-hip hop est donc définitivement devenu aujourd’hui un réel phénomène musical, allant bousculer au sein du pays le mastodonte musical qu’est la K pop en s’installant régulièrement dans le haut des chartes coréens, et en faisant petit à petit sa propre place à l’international. Par un mélange d’influence à la fois occidental notamment par le rap américain, mais aussi traditionnel via les codes de la K pop et du modèle de société loin des normes occidentales, ce style musical développe des contenus riches et variés offrant de véritables pépites musicales. Les 10 album présentés possèdent tout à chacun des aspects différents du K-hip pop, qui j’espère vous permettra de découvrir et de vous intéresser à un genre musical innovant.

Manuel Ribas 

 

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